Fin de la saga autour du piano Steinway de l’Université de Montréal

Le projet menant au remplacement de l’instrument en fonction depuis 1978 a tenu en haleine la faculté tout au long du mandat.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le projet menant au remplacement de l’instrument en fonction depuis 1978 a tenu en haleine la faculté tout au long du mandat.

La Faculté de musique de l’Université de Montréal a enfin pu inaugurer, vendredi 5 avril, son nouveau piano Steinway, de modèle D, fabriqué à Hambourg. Il s’agit du troisième instrument choisi par les professeurs de l’université, les deux précédents, comme Le Devoir l’avait révélé, étant arrivés fracassés à leur destinataire.

Le projet menant au remplacement de l’instrument en fonction depuis 1978 a donc tenu en haleine la faculté tout au long du mandat, désormais achevé, de la doyenne Isabelle Panneton, fort réjouie de l’accomplissement de ce qui avait été défini comme sa priorité en… 2011 ! Isabelle Panneton a souligné les apports décisifs de 2 mécènes parmi les 70 ayant contribué à l’acquisition de l’instrument : David Sela, qui, en organisant un concert privé en 2015, a véritablement lancé la campagne de financement, et Denise Angers qui, en 2016, a permis par un « don décisif » de passer la commande de l’instrument. Tous deux musiciens amateurs, madame Angers, pianiste, et monsieur Sela, violoniste, ont contribué musicalement à la soirée d’inauguration.

Un nouveau défi

Le Steinway « numéro 3 » est-il à même d’effacer le souvenir du premier instrument, qui, de l’avis de tous, était une forme de miracle ? « Oui », selon Jean Saulnier, professeur titulaire de piano. « Je me demande jusqu’à quel point le souvenir du premier n’est pas magnifié. » En reconnaissant que le second n’atteignait pas la grâce du premier, Jean Saulnier se félicite de trouver « une âme, une présence, une noblesse » à ce troisième Steinway, arrivé intact à la faculté le 18 décembre dernier, au soulagement de tous.

À Hambourg, les pianos ont chaque fois été choisis parmi « sept ou huit », dans un processus d’élimination par comparaison deux à deux : « C’est une méthode efficace. Dès qu’une supériorité est évidente, on referme le clavier du piano éliminé ». Celui-ci l’a emporté contre un « piano éclatant, peut-être plus puissant, mais surtout merveilleux dans certains répertoires ». Selon Jean Saulnier, l’université a eu un choix heureux au bout du compte : « Ce qui nous est arrivé était probablement une première dans l’histoire de Steinway. Ils comprenaient notre désarroi et ils nous ont proposé de beaux instruments. » Jean Saulnier se réjouit d’une « nouvelle ère » qui s’ouvre pour la faculté.

Les mécènes David Sela et Denise Angers, rencontrés avant leur prestation, étaient heureux du choix des professeurs. « C’est jouer sur du velours. Ce piano nous dicte presque comment jouer. Je suis très heureuse pour les étudiants », nous confie madame Angers. Quant à David Sela, également donateur des deux Steinway de la Maison symphonique, et qui met à la disposition des étudiants et artistes québécois ses propres instruments, il apprécie ce piano « qui chante » et souligne une autre dimension : « Cela me fait plaisir d’écouter le piano dans l’acoustique de la salle Claude-Champagne, qui prend la place qu’elle mérite à Montréal. »

Isabelle Panneton n’a d’ailleurs pas perdu de temps pour annoncer le prochain chantier : la création d’un Fonds de prestige, permettant d’accueillir des vedettes internationales du piano à la salle, artistes donnant à la fois un récital et des classes de maître.

Certes, Montréal ne manque pas de récitals de piano, mais la combinaison entre la jauge de Claude-Champagne (952 sièges, soit le double de la salle Bourgie et 50 % de plus que la salle Pollack) et la qualité de l’instrument ouvre désormais de nouveaux horizons en la matière, pour qui acceptera de braver la fameuse côte de Vincent-d’Indy. Avec ce que nous avons entendu vendredi soir, l’ambition est pleinement justifiée.