«La musique au cinéma: génial!»: le bon filon étiré à sa limite

L’union du vulgarisateur scientifique Martin Carli (à droite) et du jeune chef Nicolas Ellis, détendu, est parfaite.
Photo: François Goupil L’union du vulgarisateur scientifique Martin Carli (à droite) et du jeune chef Nicolas Ellis, détendu, est parfaite.

L’association de l’Orchestre Métropolitain avec le vulgarisateur scientifique Martin Carli dans le cadre de ses concerts « Airs de jeunesse » (qui ne sont d’ailleurs pas fréquentés que par des enfants et des parents !) est, en matière de pertinence, l’équivalent au Métropolitain du partenariat de l’OSM avec Fred Pellerin pour les concerts de Noël.

Martin Carli est un animateur absolument remarquable qui tient en haleine un public « de 7 à 77 ans », selon la formule consacrée, voire en deçà et au-delà. L’union avec le jeune et détendu Nicolas Ellis est parfaite, d’autant que le chef tire de l’orchestre une musique de très haut niveau, comme en témoignaient, samedi, la fin de Guillaume Tell, de Rossini, et L’apprenti sorcier, de Dukas.

La réussite du projet Les planètes en 2018 nous a rendus curieux de découvrir le programme « Musique au cinéma » cette saison. Le verdict dépend des attentes de chacun. En ce qui nous concerne, il est mitigé. La réussite d’un projet associant musique et cinéma dépend des droits d’utilisation des images que l’on peut négocier avec les multinationales du film. Or, de ce point de vue, le Métropolitain y est allé à l’économie et en matière de « musique au cinéma », il ne s’est presque rien passé, samedi.

L’apprenti sorcier a été habillé d’images sans grand rapport tirées de réalisations québécoises. La musique de la Liste de Schindler a été sauvée par quelques brèves séquences insérées entre des captations de musiciens. Seuls deux moments émergeaient : un très beau numéro d’ouverture, par contre, avec un montage de films muets sur le thème de la cavalcade illustrant la musique de Guillaume Tell et la projection d’un extrait de l’original film d’animation en silhouettes de 1954 de Lotte Reiniger, Dornröschen, sur La Belle au bois dormant. Curieusement, on avait l’impression que Nicolas Ellis empesait son Tchaïkovski de peur de finir avant le film. Ce fut, musicalement, la seule déception.

Jeunes solistes

Dans ce contexte, Martin Carli a vraiment sauvé le projet, certes un peu en marge du sujet, mais autour d’expériences ludiques et de questions sur la vue et l’ouïe. Il s’est très efficacement transformé en magicien et a fait chanter un tuyau d’aluminium, se réjouissant à plusieurs reprises d’un troisième opus, le 22 mars 2020, sur l’eau et le feu au cours de ce spectacle qui apparaissait comme un « millésime de transition » à service minimum.

Par contre, une idée forte se dégage de cet après-midi et qu’il faudra reconduire : l’implication de jeunes solistes s’adressant à un jeune public. Eva Lesage dans La liste de Schindler, Mathias Leclerc dans Mission, de Morricone, et Catherine St-Arnaud dans l’Air des bijoux, de Faust, ont été excellents. Avec son nouveau concours OMNI destiné aux jeunes de 7 à 17 ans, l’OM a, on peut l’imaginer, naturellement trouvé avec les trois Grands Prix (le pianiste Jiajia Li, le violoncelliste Levon Markosyan et la flûtiste Kaïla Stephanos) les solistes de son concert de 2020.

En tout cas, le concentré de bonheur du visage ému et heureux de la hautboïste Lise Beauchamp, professeure de hautbois au Conservatoire et membre de l’orchestre, pendant que son élève Mathias Leclerc jouait son solo sur cette scène valait tout l’or du monde.

La musique au cinéma : génial !

Oeuvres de Rossini, Williams, Gounod, Tchaïkovski, Morricone, Grieg et Dukas. Martin Carli (présentateur), Eva Lesage (violon), Mathias Leclerc (hautbois), Catherine St-Arnaud (soprano), Orchestre Métropolitain, Nicolas Ellis. Maison symphonique de Montréal, samedi 6 avril 2019.