Impressionnant Quatuor Artemis

Dans la formation présente à Montréal dimanche, Artemis a fort peu de concurrents au monde.
Photo: Lund Dans la formation présente à Montréal dimanche, Artemis a fort peu de concurrents au monde.

Les mélomanes présents ce dimanche après-midi à la salle Pollack doivent à la direction artistique du Ladies' Morning Musical Club et à leurs artistes invités, les membres du Quatuor Artemis, un moment musical qu’il conviendra de chérir très longtemps.

Ce qu’ils ont vécu dimanche ne sera plus, en tout cas plus sous cette forme. Dans deux mois, le fameux quatuor allemand perdra deux de ses quatre membres, le second violon Anthea Kreston et le violoncelliste Eckart Runge. Ce n’est pas faire injure à Madame Kreston (qui ne fait partie du quatuor que depuis 2016) que de souligner que le remplacement périlleux sera celui d’Eckart Runge, le seul membre fondateur en activité depuis 1989.

Runge est le pilier rassurant, le noyau autour duquel gravitent Kreston, Gregor Sigl (l’ancien 2e violon, passé altiste après le suicide, en 2015, de Friedemann Weigle) et la phénoménale violoniste Vineta Sareika. Cette dernière deviendra l’âme du nouveau Quatuor Artemis, que nous découvrirons sans doute une prochaine saison à Montréal.

Les deux remplaçantes sont choisies et ont été annoncées : la violoniste Suyoen Kim et une violoncelliste néerlandaise de 28 ans, Harriet Krijgh. Changement de philosophie à venir, puisque Kim et Sareika alterneront au poste de leader.

Symbiose

Dans la formation présente à Montréal dimanche, Artemis a fort peu de concurrents au monde (Takács, Dover, Jerusalem…). On parle là de cohésion, de balance, de justesse, mais, au-delà, de beauté sonore — les incroyables derniers accords du 2e Quatuor de Britten, nourris d’une même force — et d’une réactivité dans des changements de nuances extrêmes qui rappelle l’art de Takács.

C’est dans un 2e Quatuor de Britten époustouflant que ces qualités se sont conjuguées en symbiose, avec des moments quasi irréels entre les deux violons dans le 2e volet, et une Chaconne très impressionnante. Par rapport à d’autres quatuors virtuoses, comme Belcea, il n’y a pourtant aucune volonté d’impressionner. Le ton du « Cavalier » de Haydn, notamment dans le finale qui lui vaut son nom, est celui d’un rebond tonique et mordant, mais avec un côté ludique (incarné au premier chef par Runge) jamais crispé. De même dans Brahms, la clarté de la forme prime, grâce à un geste d’ensemble vif. On retiendra l’admirable chatoiement du trio du 3e mouvement.

Concert événement donc, étalon que l’on gardera en mémoire lorsque la nouvelle formation se présentera à nous sous le même nom.

Quatuor Artemis

Haydn : Quatuor op. 74 n° 3, « Cavalier ». Britten : Quatuor n° 2, op. 36 (1945). Brahms : Quatuor op. 51 n° 2. Ladies' Morning Musical Club, à la Salle Pollack, dimanche 7 avril 2019.