Mordante Lou-Adriane Cassidy à la Sala Rossa

Lou-Adriane Cassidy lançait jeudi soir à la Sala Rossa son premier album, intitulé «C’est la fin du monde».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Lou-Adriane Cassidy lançait jeudi soir à la Sala Rossa son premier album, intitulé «C’est la fin du monde».

Il y avait quelque chose de perceptiblement différent entre la Lou-Adriane Cassidy qui montait sur les planches du Club Soda l’an dernier en finale du concours-vitrine Francouvertes et celle qui, jeudi soir à la Sala Rossa, lançait son premier album, intitulé C’est la fin du monde, deux mois après sa parution. Pourtant, l’interprète était toujours aussi magnétique, aussi imbibée des chansons qu’elle trimbale dans son court répertoire. C’est plutôt un sentiment de liberté, comme une forme d’abandon palpable dans les envolées plus rock de son orchestre, qui la transforme.

On a mal saisi ce qu’elle a dit exactement après sa version passionnément rock et allégée du quatuor à cordes de Respiration — c’est quelque chose que la musicienne devra peaufiner, ses interventions, les rendre moins brouillonnes. On l’a compris ainsi : « Je ne suis pas encore tannée de rocker. » C’est en tout cas ce qu’on aurait voulu comprendre : Cassidy qui rock avec la même fougue qu’elle met à reprendre Brel (Sans exigences, bouleversante, offerte guitare-voix) et Barbara (La solitude, au rappel), on en prendrait un deuxième service.

Son commentaire ne pouvait qu’être un clin d’oeil aux derniers mois passés dans l’orchestre d’Hubert Lenoir, à brûler les planches à ses côtés d’un bout à l’autre du Québec. On ne sort pas tout à fait indemne de l’expérience, ce groupe-là était dangereux sur une scène, et la fauve Lou-Adriane n’y laissait pas sa place. L’envie d’en découdre, c’est contagieux entre musiciens, devons-nous conclure après l’intense concert que l’auteure, compositrice et (surtout) interprète nous a offert jeudi.

Son tour de chant a néanmoins débuté en douceur avec la très belle Ça va ça va, Cassidy nous fixant du regard, plantée derrière son pied de micro, la main nerveuse qui, d’un geste brusque et en suivant presque le rythme, va replacer une mèche derrière son oreille. Pour la désespérante Ce qu’il reste, elle agrippe sa guitare électrique alors que Pierre-Emmanuel Beaudoin tapote sa batterie, imitant le bruit soutenu et délicat d’une machine à coudre.

Les amours immatures — l’un des textes les mieux tournés du disque, cosigné avec Rebecca Leclerc — a doucement fait pousser les amplis d’Alex Martel (alias Anatole, à la basse) et de Simon Pedneault (guitare, coréalisateur de l’album), qui ont gagné en tonus avec Respiration, avant de se taire le temps d’entendre Petite mort, interprétée par Cassidy seule sur scène. En la magnifiant : arrivant à la fin de l’album, cette chanson s’oublie rapidement, mais là, sur scène, Lou-Adriane la prend à bras-le-corps et l’habite totalement.

Puis une première reprise : The Partisan de Leonard Cohen, avec son texte moitié anglais, moitié français, portée par des orchestrations rock, lancée avec panache et tranchant drastiquement avec la version endisquée sur le premier album du regretté poète. Torride ambiance qui se poursuit avec Mon bel antidote : « Embrasse-moi à outrance, mon bel antidote/Que je calme mes sens qui ne savent plus vouloir ». L’orchestre se déchaîne derrière Cassidy, fait exploser la chanson beaucoup plus sagement figée sur disque.

La suivante semblait être une inédite, et l’une des plus captivantes du concert. « On est plus fort que le vent de Rouyn-Noranda », dit le texte ; sous la voix qui projette de Cassidy, les quatre musiciens bûchent ferme. Assise sur un moniteur, la musicienne se laisse prendre par le groove rock qui part en vrille sur la longue et psychédélique finale. Tout le monde retombe ensuite sur ses pieds avec la douce Il pleut, se laisse hypnotiser par l’interprète qui reprend avec superbe Brel, avant de clore cette belle soirée avec la chanson-titre de l’album et la reprise de Barbara au rappel.

Lou-Adriane Cassidy est un diamant brut d’interprète, ça, on savait. Qu’elle ait en un an gagné du coffre et de cette envie de nous décoiffer encore plus fort promet. On la reverra au festival Santa Teresa de Sainte-Thérèse le 17 mai, au Festival en chanson de Petite-Vallée le 26 juin et au Festival de la chanson de Tadoussac le lendemain, entre autres dates déjà confirmées à son itinéraire estival.