Le FEQ mise sur l’expérience

Les grandes vedettes sur les Plaines sont maintenant dans l’ADN du FEQ, dit le directeur de la programmation, Louis Bellavance, mais il faut que les mélomanes soient aussi séduits par leur expérience sur le site.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les grandes vedettes sur les Plaines sont maintenant dans l’ADN du FEQ, dit le directeur de la programmation, Louis Bellavance, mais il faut que les mélomanes soient aussi séduits par leur expérience sur le site.

Dans un marché difficile où les cachets remis aux grands noms de la musique explosent, le Festival d’été de Québec (FEQ) a réussi, non sans sueurs froides, à monter une affiche « inattendue » pour son édition 2019, qui comprend entre autres Slipknot, Mariah Carey et Imagine Dragons. Mais aux dires du directeur de la programmation, Louis Bellavance, l’événement veut également améliorer l’expérience des festivaliers, question d’être moins dépendant des têtes d’affiche.

« C’est vraiment le Far West » dans l’écosystème des festivals, estime Louis Bellavance, de passage à Montréal au lendemain du dévoilement de la programmation du FEQ. Les négociations n’ont jamais été aussi dures, et les artistes ont un appétit grandissant, raconte-t-il.

« Dans les derniers trois ans, c’est devenu critique, les festivals le ressentent tous. Si on n’augmente pas les budgets de programmation, [la qualité] décline carrément. » Au FEQ, par exemple, on investissait environ 7 millions en 2012. Ce montant est passé à quelque 12 millions cette année.

Il faut donc « diminuer la dépendance à la grande tête d’affiche et faire vivre le festival », croit Louis Bellavance. Il précise : les grandes vedettes sur les Plaines sont maintenant dans l’ADN du FEQ, mais il faut que les mélomanes soient aussi séduits par leur expérience sur le site et pas uniquement par une affiche pétaradante.

« Tous les festivals, en ce moment, sont obsédés par le côté expérience. Les festivaliers sont exigeants, ils ont envie de vivre ça, mais ils en veulent pour leur argent. Et c’est pas seulement l’idée d’aller voir un concert — des concerts, il y en a tous les jours, partout. Aller dans un festival c’est censé être plus que ça. »

Réinventer le site

Plusieurs actions ont d’ailleurs été posées en ce sens. La première a été de déplacer la scène du parc de la Francophonie sur la place George V, qui est adjacente, mais qui permet d’accueillir 5000 personnes de plus.

« L’an passé, on a fermé le site un soir sur deux, on savait qu’on avait un problème, dit le directeur de la programmation. Quand les gens ont payé, ils sont en droit de pouvoir y aller. La première préoccupation, c’était ça. »

Tous les festivals, en ce moment, sont obsédés par le côté expérience. Les festivaliers sont exigeants, ils ont envie de vivre ça, mais ils en veulent pour leur argent.

Le FEQ a aussi investi l’édifice du Manège militaire, situé entre la place George V et le site des Plaines, pour y installer un lieu de spectacles, mais aussi une grande terrasse extérieure — « très VIP, mais ouverte à tous les détenteurs de laissez-passer », de préciser M. Bellavance. L’endroit ouvrira dès 17 h et fermera à 2 h du matin.

« Là, on s’en vient avec ce qui ressemble à un site de festival plutôt que des sites dispersés. On veut que les gens se pointent en sortant du travail et viennent passer la soirée avec nous. »

La clientèle VIP

Si, avec ces démarches, le FEQ veut renouveler son bassin de plus jeunes festivaliers, l’organisation — toujours sans directeur général après le départ en septembre 2017 de Daniel Gélinas — a aussi un grand besoin d’une clientèle VIP, souligne Louis Bellavance en rappelant les modifications que le FEQ avait effectuées à l’avant-scène des Plaines en 2018 pour laisser les premiers mètres aux détenteurs de billets en admission générale.

« Le VIP, c’est pas accessoire, c’est central dans notre modèle d’affaires, précise-t-il. Parce que les dépenses sont très élevées, en production et en programmation, et là, dans un espace restreint dans le terrain, on va chercher des revenus considérables avec des gens qui sont très satisfaits. »

Mais le festival, un des plus grands du genre en Amérique du Nord, a également augmenté le prix de ses billets de 5 $ cette année, ce qui permet une entrée d’argent importante, compte tenu du fait que quelque 125 000 entrées sont vendues.

« Je pense que tout le monde [dans l’industrie des festivals] est challengé, mais on a une bonne formule, une bonne recette et, surtout, il faut se réinventer constamment. Tu ne peux pas faire du copier-coller, c’est pas possible. »

Davantage de franco

Pour son édition 2019, le FEQ a misé sur davantage d’artistes francophones qu’à l’habitude, dit le directeur de la programmation, Louis Bellavance.

« Normalement, on propose un spectacle francophone en tête d’affiche chaque jour, c’est notre marotte. Cette année, il y a Luc De Larochellière qui joue “contre” Mes Aïeux, et Roxane Bruneau qui joue “contre” Philippe Brach. On a deux plateaux importants francophones en même temps, en plus d’en avoir tous les soirs. »

Le FEQ a aussi fait la part belle au rap québécois le samedi 13 juillet, alors que sept rappeurs d’ici défileront de 15 h à 23 h. « On veut entre autres savoir si c’est une avenue intéressante à explorer que de programmer en après-midi, explique Louis Bellavance. C’est un banc d’essai, et c’est aussi un coup de chapeau au hip-hop québécois, qui est tellement fort et en santé. »