Navet Confit et la dissonance au temps du conformisme

Navet Confit, de son vrai nom Jean-Philippe Fréchette, travaille pour la scène depuis près d’une décennie.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Navet Confit, de son vrai nom Jean-Philippe Fréchette, travaille pour la scène depuis près d’une décennie.

Avec le temps, souvent, on s’assagit, on se calme, on rentre dans le moule davantage. Pas le polyvalent musicien Navet Confit, qui souligne ses 15 ans de création avec un triplé foisonnant et décalé, soit un disque aussi prenant que déstabilisant, un spectacle pluridisciplinaire et un recueil de paroles et de textes aux limites du saugrenu.

Depuis 2004, le musicien capable du refrain pop le plus accrocheur comme du sabotage sonore le plus efficace n’a pas failli à la tâche de l’anticonformisme. Et son huitième album, intitulé Engagement, lutte, clan et respect, opte pour le même filon. « C’est pire encore à chaque album, avoue-t-il en rigolant. Je veux encore plus déstabiliser, c’est rendu une espèce de déformation professionnelle. »

 

Le fait est que depuis environ huit ans, Navet Confit, de son vrai nom Jean-Philippe Fréchette, travaille pour la scène. Avec sa compagnie le Théâtre du Futur, mais aussi pour d’autres productions. Avec comme résultat qu’il explore beaucoup de styles différents, qui s’accrochent un peu à lui. « Ça ouvre tout un champ de possibles. Et moi ça m’inspire après », dit-il.

En plus, son travail de réalisateur au service d’autres artistes fait que lorsqu’il revient dans ses terres pour composer, il profite à plein de sa liberté totale.

« J’ai toujours considéré que je faisais de la musique qui était apolitique, mais que le simple fait de faire le genre de musique que je fais, en français, et de me mettre autant de bâtons dans les roues, c’est un engagement très fort pour la liberté, dit Navet Confit. J’aime ça prêcher par l’exemple plutôt que de trop expliquer les choses. Quand tu vois un acte de liberté comme ça, out of the box, si ça peut inspirer d’autre monde à le faire, j’ai fait ma job et je suis vraiment content. »

Dissonance et vitesses

Dans son disque Engagement, lutte, clan et respect, Navet Confit a beaucoup joué avec une dissonance qu’on pourrait qualifier de douce. « C’est beaucoup les instruments qui m’ont amené vers ça, précise le musicien. J’ai une guitare douze cordes acoustique, mais c’est long à accorder, ça, et ben je l’ai pas accordée ! Les vieux claviers aussi se désaccordent. La matière, les outils de base, c’est donc super important. »

Fréchette y joue aussi avec la variation de la vitesse de ses chansons, ce qui crée certaines vagues dans notre cerveau. « J’étais d’ailleurs très content de le graver sur vinyle, celui-là, parce que je trouve qu’il fitte sur ce format-là. On dirait que le vinyle n’est pas bien balancé », ou que sa courroie tire de l’aile.

C’est pire encore à chaque album. Je veux encore plus déstabiliser, c’est rendu une espèce de déformation professionnelle.

En toute modestie, Navet Confit essaie au fil de ses albums de tenir le flambeau d’une musique « punk, fuckée et allumée ». Depuis quelques années, il voit beaucoup de jeunes musiciens à la personnalité super intéressante dont la musique n’est pas au même point.

« Je trouve qu’on peut davantage se permettre d’être de niche maintenant qu’avant, et je trouve ça bizarre que le monde ne se le permette pas plus, trouve-t-il. En même temp,s les artistes [plus accessibles] vont faire de la tournée, rejoindre un plus large public et gagner des trophées. Mais moi, c’est pas ça mon but. »

Spectacle de groupe

Alors que le disque a été pratiquement fait en solo dans son local, le spectacle qui en découlera est une affaire de groupe.

« On est une vingtaine à travailler sur ça. Il y a quelqu’un aux éclairages, à la scénographie, aux costumes, aux projections, à la direction technique, c’est une grosse équipe comme en théâtre un peu. Et on est cinq musiciens sur scène. »

L’ambitieux projet aura lieu le 18 avril au théâtre Aux Écuries et se résume, selon le communiqué de presse, à « une série de tableaux abstraits et impressionnistes présentés avec l’anti-humour qu’on lui connaît, dans une volonté de déconstruire les codes de la diffusion de musiques en marge ».

Encore un peu de dissonance, donc ? « Je pense que c’est par ennui, dans le sens que je ne veux pas m’ennuyer. Et que si je trouve ça trop normal je trouve ça plate et j’ai envie d’aller jouer là-dedans et de saboter un peu les choses. »

Un livre détonnant

En plus de lancer un nouveau disque et le spectacle qui l’accompagne, Navet Confit fait également paraître le 9 avril chez Somme toute un recueil de certains de ses textes de chansons, de poésie et de courtes nouvelles, le tout abondamment illustré.

« Pour moi, je trouvais ça un peu drabe de juste mettre les textes de chansons. Ç’aurait pu marcher mais j’avais en vie d’éclater ça un petit peu plus », parlant de son graphisme lo-fi des dernières années, qui s’est aussi nourri du travail de Martin Lachapelle.

Le titre du recueil ? Prenez votre souffle : Les films, les desserts, les chaises, les souvenirs, les voyages, la radio, les vedettes, le journal, les rêves, les fantômes, les monsieurs, les animaux, les insectes, les médicaments, les voitures, les énumérations, la répétition et les énumérations.

Ça ne s’invente pas.

Engagement, lutte, clan et respect

Navet Confit, Lazy at Work. L’album sera lancé le 12 avril.