L’enquête toute personnelle de l’inspecteur Rivard

Michel Rivard
Photo: Marc-Étienne Mongrain Michel Rivard

Le doute, ce maudit doute qui s’immisce parfois insidieusement dans nos vies, est au centre du nouveau spectacle de Michel Rivard, L’origine de mes espèces, une sorte d’enquête musicale toute personnelle qui s’avère touchante et convaincante.

Présenté dans une Licorne comble jusqu’au 18 avril — et en supplémentaire chez Duceppe l’hiver qui vient —, l’objet scénique proposé par le vétéran chanteur et le metteur en scène Claude Poissant est à cheval entre plusieurs propositions. On pourrait qualifier L’origine de mes espèces de théâtre documentaire musical et autobiographique. Ça mange quoi en hiver, ça ?

Seul sur scène (avec le discret et efficace musicien Vincent Legault), Michel Rivard ouvre son coeur, livre ses tourments familiaux et raconte son enquête, commencée pour dissiper un doute sur ce père qui ne lui ressemble pas.

À la fois très franc et protecteur de son petit monde, Rivard enchaîne pendant 1 h 40 récits et chansons (onze en tout) qui oscillent entre son passé et son présent, entre une enfance teintée des mystères et des misères familiales et un test d’ADN effectué pour cautériser de vieilles blessures. Entre les deux, le musicien tisse sa trame familiale et enfile son chapeau d’inspecteur. Bref, on est quelque part dans les alentours de J’aime Hydro de Christine Beaulieu et de 887 de Robert Lepage, mais en musique.

Disons-le, l’aventure hybride de l’auteur-compositeur-interprète est concluante et émouvante. Sans trop beurrer épais sur ses propres sentiments, Rivard réussit à trouver un niveau de jeu efficace, où il est capable de jongler sur la fine ligne entre l’humour et le drame.

Ses textes adoptent un langage du quotidien, terre à terre, alors que les pièces versent un peu plus dans la poésie. Quand même, celles-ci revêtent par moments des habits proches de ce qu’exige la comédie musicale — elles racontent, « disent » des choses, doivent faire avancer l’histoire —, ce qui peut légèrement agacer les publics peu friands du genre.

Sur scène, très peu de choses sont nécessaires pour que se tienne le récit. Une boîte de vinyles et un tourne-disque, une chaise, un faux corridor en bois franc qui rappellent les appartements montréalais, ainsi qu’un mur et une porte — qui servent aussi à recevoir les quelques projections, dont Poissant n’a pas abusé, et tant mieux.

Le coeur de l’affaire reste donc le propos, l’enquête, le désir de vérité qui pourrait changer le passé de l’inspecteur Rivard. Avec en filigrane un Québec des années 1950, vivant sous la chape de plomb de l’Église. Un contexte qui touchera davantage le public ayant connu cette époque, mais qui n’enlèvera rien aux autres.

L’origine de mes espèces a aussi la force de faire claquer certaines portes, mais aussi le bon goût de ne pas toutes les fermer. Le doute, ainsi, n’est pas complètement dissous, mais d’une telle enquête peut quand même naître la paix intérieure.

L’origine de mes espèces

Par Michel Rivard. Mise en scène : Claude Poissant. Musicien sur scène: Vincent Legault. Conseillère dramaturgique: Alexia Bürger. Au théâtre La Licorne.