Honegger, enfin!

La présentation des choeurs et des instrumentistes de McGill a fort bien rendu justice au chef-d’oeuvre, «Le roi David».
Photo: Dominick Gravel La présentation des choeurs et des instrumentistes de McGill a fort bien rendu justice au chef-d’oeuvre, «Le roi David».

L’arrivée de Jean-Sébastien Vallée dans le paysage musical montréalais, notamment à la tête des forces chorales de McGill, a donné un sang neuf à notre vie musicale. La saine curiosité et l’ouverture de ce chef l’amènent à programmer entre autres Britten, Honegger, et à introduire Lauridsen, Whitacre et Gjeilo dans ses concerts.

Aussi nous avons accouru quand nous avons vu affiché le Roi David du trop délaissé Arthur Honegger. Effet immanquable avec ce compositeur, que provoquent aussi Une cantate de Noël (que le sublime Alléluia scintillant du Roi David évoque), la Danse des morts, Jeanne au bûcher et d’autres partitions : une sensation de plénitude et de fortes émotions à l’issue du concert.

Pour cette présentation, Jean-Sébastien Vallée a choisi la partition pour 16 instrumentistes, qui m’a semblé proche (omission de l’orgue, toutefois) de celle connue sous la dénomination « version originale » telle qu’enregistrée par Michel Piquemal (Naxos) et Charles Dutoit (Erato). À vrai dire, avec ses couleurs un peu « Histoire du soldat » (de Stravinski) cette mouture est au fond bien plus intéressante que la version avec violons pour laquelle Ansermet et Corboz (avec le meilleur récitant, Lambert Wilson) sont les références.

La présentation des choeurs et des instrumentistes de McGill a fort bien rendu justice à ce chef-d’oeuvre. Jean-Sébastien Vallée a bien préparé ses troupes et réussi, notamment, les nombreuses transitions rythmiques de l’épisode clé de la partition, La danse devant l’arche, aboutissant à un allegro molto furieux. Les rapports de volumes entre choristes et instrumentistes dans la salle étaient excellents, de même que le ton employé, dès le Chant de victoire (no 4).

Employer un contre-ténor pour le Cantique du berger David est surprenant, mais possible : il n’est pas évident de trouver un enfant aussi excellent que chez Michel Piquemal. La solution de faire chanter cet air par la mezzo (comme dans la « grande » partition) reste viable, car David n’est pas personnifié par Honegger (il est tantôt ténor, tantôt choeur…).

Hubert Lemire a choisi une narration sobre, loin de l’emphase des années 1950 à 1970. Parmi les solistes, le ténor Yanik Gosselin s’est montré, hélas, en deçà des deux jeunes femmes alors que Cynthia Dubois s’est emmêlée dans la fin de sa prophétie, finissant un peu en retard, in extremis avant l’intervention du narrateur.

L’aventure des Choeurs de McGill est à suivre, bien évidemment. Ce n’est pas là leur dernière redécouverte.

Le roi David

Hubert Lemire (narration), Vanessa Croome (soprano), Allyson Goff (mezzo-soprano), Yanik Gosselin (ténor), William Duffy (contre-ténor), Cynthia Dubois (la prophétesse), Grand Choeur de McGill, Choeur de chambre de McGill, Ensemble instrumental, dir. Jean–Sébastien Vallée. Salle Pollack, mercredi 3 avril 2019.