Picasso, les cubistes, la musique

«Stylus Phantasticus» était, ici, refondu et centré autour de la seule figure du compositeur Jean Lesage, dont les compositions étaient mises en parallèle avec de grands mouvements de la peinture, dont le cubisme et le surréalisme.
Photo: Maxime Boisvert «Stylus Phantasticus» était, ici, refondu et centré autour de la seule figure du compositeur Jean Lesage, dont les compositions étaient mises en parallèle avec de grands mouvements de la peinture, dont le cubisme et le surréalisme.

Stylus Phantasticus est un projet présenté pour la première fois au printemps 2017 à la salle Pierre-Mercure. Il était, ici, refondu et centré autour de la seule figure du compositeur Jean Lesage, dont les compositions étaient mises en parallèle avec de grands mouvements de la peinture, dont le cubisme et le surréalisme.

Le projet ne fait que des heureux. Il entre en plein dans le créneau de la rencontre des disciplines artistiques dont l’ECM + fait son miel ; il rassure le spectateur qui, s’il ne se passionne pas pour ce qui se passe sur scène peut, à défaut, tenter de tisser des liens avec ce qu’on lui donne à voir ; il donne au compositeur l’aura de frayer avec les plus grands de l’histoire de l’art, un rang dont l’éminence n’aurait pas forcément sauté aux oreilles du béotien auquel on n’aurait pas mis le rapprochement sous le nez (et les yeux).

Parmi les oeuvres présentées, le parallélisme le plus astucieux est échafaudé pour Le projet Amadeus. La déconstruction du mouvement lent de la Sonate K. 330 de Mozart par Lesage est mise en parallèle avec des projections de tableaux de maîtres anciens pareillement déconstruits par Picasso.

Sur le plan strictement musical, ces oeuvres qui font exploser des citations d’oeuvres du passé sont assez courantes, mais très rarement réussies. Jacques Hétu s’y est cassé les dents avec des Variations pour trois pianos, Berio a trouvé le bon filon dans Rendering,tout comme Kurt Schwertsik en 2010 avec Nachtmusiken, sur la 7e de Mahler. Ce qui est délicat, c’est de « faire tenir » une oeuvre personnelle et autonome au-delà du patchwork. C’est l’amabilité de ce cadre-là qui manque au Projet Amadeus.

La partie la plus convaincante du concert fut la suivante, interpolant le Quatuor à cordes IV et un très éclaté et énigmatique solo de violon. C’est en fait le quatuor à cordes dont il conviendra de réentendre et de scruter les subtiles atmosphères sans support visuel ni chef, par exemple par le Quatuor Molinari.

Quant aux Soliloques, il s’agit d’un concerto pour violon en trois mouvements, dont le second est, en matière de couleurs et de climats, le temps fort. Jean Lesage a fait référence au cubisme de son inspiration, c’est-à-dire à la « déconstruction d’un objet pour le présenter sous divers angles en même temps ». Soit. Lesage a eu la chance d’avoir un violoniste aussi juste et élégant que Victor Fournelle-Blain pour servir son oeuvre.

On espère maintenant, après le concerto de Lesage et celui de Bilodeau, que quelqu’un, quelque part, permettra à Serge Arcuri de transformer son bref mouvement de 10 minutes écrit pour l’OSM et Andrew Wan en vrai concerto pour violon. Sa très haute inspiration le mérite prioritairement. Car créer un répertoire québécois, ça commence par savoir donner les bonnes occasions non seulement aux caciques (Jean Lesage est professeur de composition à McGill), mais aussi et surtout à des créateurs de cette envergure qui ont peu voix au chapitre.

Stylus Phantasticus

« Musique à voir et à entendre ». Oeuvres de Jean Lesage. Le projet Amadeus, Quatuor à cordes IV. Ivresses songes sourdes nuits pour violon solo. Soliloques aux figures éphémères. Victor Fournelle-Blain (violon), ECM +, Véronique Lacroix. Le Gesù, mardi 2 avril 2019. Reprises : le 3 à Verdun, le 7 à Saint-Léonard, le 10 à Villeray, le 13 à Montréal-Nord, le 28 à Lachine et le 9 mai au Théâtre Paradoxe.