Fatoumata Diawara au National: l’amie, la soeur, la mère de tout le monde

Au coeur de la démarche de l'artiste: sa préoccupation pour la femme, d’Afrique ou d’ailleurs
Photo: Aida Muluneh Au coeur de la démarche de l'artiste: sa préoccupation pour la femme, d’Afrique ou d’ailleurs

« Je suis une chanteuse, je suis une comédienne, je suis aussi une femme, et ça, ce n’est pas rien. C’est même beaucoup. » Entendez-vous ? Fatoumata Diawara a « quelque chose à dire », ou « fenfo » en langue bambara du Mali, c’est le titre de son resplendissant deuxième album, paru l’an dernier. L’artiste et militante malienne sera de passage au Québec, mardi et mercredi, pour chanter tout ce qu’elle a à dire à un public qui, constate-t-elle aujourd’hui, se déplace en nombre pour l’écouter, « et ça, ça me fait plaisir ».

« Je suis consciente qu’avoir la parole n’est pas un acquis », affirme Fatoumata Diawara. Déjà qu’en tant que femme, « il faut se battre pour dire quelque chose en général ; c’est donc une grande responsabilité pour moi d’être la voix des autres » femmes ainsi que des enfants, à l’instar d’Angélique Kidjo « et de toutes les autres grandes chanteuses de l’Afrique, quoiqu’il n’y en a pas tant que ça… Or je me dis : si je dois prendre cette responsabilité de ne pas être qu’une chanteuse africaine, j’aimerais d’abord dire que je suis une survivante. Et que je suis une leader : aujourd’hui, je gère mes affaires, j’écris mes chansons, j’appelle ça être une leader. On ne m’impose rien. Je fais la musique que je veux, celle que je veux faire ».

Elle chante magnifiquement bien, joue de la guitare électrique avec l’impulsivité et l’inventivité des meilleurs de son coin de continent, le Mali, elle fait surtout ce métier pour être utile. Ne pas être qu’une chanteuse, répétera-t-elle durant notre conversation, alors qu’on la joint en pleine tournée nord-américaine. Être nommée aux Grammys (dans la catégorie Best World Music Album) semble avoir changé la perception du public à son égard, relève-t-elle : « Je ressens une énergie différente, une sorte de confirmation. Toutes les salles sont pleines, partout. Je sens le public beaucoup plus réceptif et attentif. Les gens se disent : “elle a quelque chose à dire, on veut savoir quoi”. Il était temps : ça fait des années que je me bats pour ça, comme beaucoup d’autres chanteuses. Rares sont celles qui parviennent à se faire entendre. »

Au coeur de sa démarche, sa préoccupation pour la femme, d’Afrique ou d’ailleurs. Pour le sort qu’on réserve à nos enfants qui grandissent « dans un monde où tout est division, où la peur domine. C’est ça la vie que nous voulons, tout simplement parce qu’on ne veut pas accepter nos différences ? Se battre pour des frontières, c’est condamner nos propres enfants. Il faudrait qu’on arrive à profiter de tout ce qu’on a pour faire de ce monde un monde joyeux, festif, un monde de voyages et de liberté, voilà. Il faut faire ça pour les enfants, pour que d’autres jeunes filles puissent aussi un jour prendre la parole », comme elle le fait si passionnément.

Réalisé par Matthieu Chédid, Fenfo trouve dans la tradition musicale de sa région du Wassoulou, chevauchant les frontières du Mali, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire, des idées à incorporer au jazz, au soul et funk d’Amérique, un mariage moderne et révérencieux à la fois, une chanson qui groove avec classe et panache. Appuyée par son habile jeu de guitare électrique, Fatoumata Diawara a une vision musicale claire et rassembleuse qui s’entendait déjà sur son premier album, Fatou, paru en 2011 ; entre ces deux disques, une multitude d’expériences musicales, avec l’as pianiste cubain Roberto Fonseca, le regretté chanteur soul Bobby Womack, la légende éthio-jazz Mulatu Astatke et même le duo garage britannique Disclosure.

Un curriculum musical déjà bien garni et, pourtant, l’artiste fut d’abord reconnue en tant qu’actrice, au cinéma (huit longs métrages à son actif, le plus récent, Yao, sorti l’an dernier) comme au théâtre. Chanter et jouer, deux métiers complémentaires, a-t-elle constaté durant la production de la comédie musicale tirée du personnage de Kirikou du maître de l’animation française Michel Ocelot. « Ç’a été une révélation ; avant de commencer ce rôle en 2007, j’étais actrice, surtout […]. La comédie musicale a été le déclencheur [de ma carrière de musicienne]. J’ai compris que je devais suivre ce chemin, tout en me battant pour chanter mes propres compositions. »

La musique meuble aujourd’hui l’essentiel de son temps : « Je compose tout le temps, parce que c’est ma responsabilité. Être une chanteuse, ce n’est pas mettre ses beaux habits et montrer qu’on est belle. Une femme est plus que ça : être l’amie de tout le monde. La mère de tout le monde. La soeur de tout le monde. La copine de tout le monde. C’est une responsabilité envers l’image de la femme. Je veux véhiculer toutes ces valeurs à travers ma musique ».

Fatoumata Diawara sera au théâtre Le National mardi soir et au Palais Montcalm de Québec mercredi.