Thérapie rock avec les Trois Accords

Le quatuor rock faisait sa rentrée montréalaise vendredi soir au MTelus.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le quatuor rock faisait sa rentrée montréalaise vendredi soir au MTelus.

Ça a commencé en trombe avec Beaucoup de plaisir, la chanson-titre de leur sixième album paru l’automne dernier parfumée aux B-52’s, enchaînée avec une autre nouvelle, Corinne, puis les classiques Elle s’appelait Serge et Hawaïenne. Du lourd. Lorsque Les Trois Accords ont ensuite fait une pause pour reprendre leur souffle et saluer tout le monde, on se serait cru à la fin du rappel : le public faisait déjà un triomphe au quatuor rock absurde qui faisait sa rentrée montréalaise vendredi soir au MTelus.

Le concert n’avait pas commencé qu’on annonçait déjà une supplémentaire pour décembre 2019. Pas moyen d’avancer sur le parterre, à moins d’y avoir déjà planté sa tente lorsque Zen Bamboo s’offrait en première partie — belle vitrine pour le jeune groupe, qui enregistre présentement son premier album complet ! Ainsi, seize ans après la sortie de leur premier disque, le Gros Mammouth Album, Les Trois Accords semblent avoir atteint le statut de groupe culte : les modes passent, mais leurs refrains infectieux, leurs guitares mordantes et le chant strident de Simon Proulx restent encore immensément populaires.

En quatre-vingt-dix minutes, le groupe a balancé deux douzaines de chansons, et c’est fou comme on a l’impression de toutes les connaître, même celles pas encore totalement imprégnées dans notre mémoire. Sur les onze du nouvel album Beaucoup de plaisir, seulement deux n’étaient pas du programme ; or elles nous étaient pourtant toutes déjà familières, toutes parfaitement sur la même longueur d’onde rock dansante et délicieusement débile que diffuse le groupe depuis ses débuts.

Ainsi, ce concert était à la fois un gros jukebox et une séance de karaoké collectif. Après la rêche Rebecca qui fait bondir le parterre, la quasi-ballade Loin d’ici (du premier album) s’accompagne d’un choeur de plus de deux mille fans, qui se remettent ensuite à jouer du mollet sur le brûlot new wave Bamboula, tirée du quatrième album J’aime ta grand-mère (2012).

Et ça continue : fameuse Tout le monde capote et c’était pas mal le cas jusqu’à la ballade Bactérie #1, encore une nouvelle présentée de la manière la plus absurde possible par un Proulx éprouvant de l’empathie pour « les laissées pour compte, j’ai tout de suite à l’esprit les bactéries, qui veulent juste faire leur job pour pouvoir payer leurs dettes d’études, mais nous on les tue ». Les Trois Accords se sont remis à souffler sur la braise en envoyant Caméra vidéo, assortie d’un solo de gazoo et de la percussionniste/choriste/claviériste Mélissa Lavergne s’avançant avec « un instrument antique indonésien », ainsi que l’a présenté Proulx, mais qui n’était qu’un simple mélodica…

Sur scène, le quatuor était donc accompagné par Lavergne et une seconde percussionniste (Joanie Labelle) qui, par leur seule présence, rehaussaient efficacement la section rythmique composée du batteur Charles Dubreuil et du bassiste Pierre-Luc Boisvert. Les guitares de Proulx et d’Alexandre Parr sont alors magnifiées par la dynamo rythmique des quatre autres, à telle enseigne que la foule dansait jusqu’au bar du fond de la salle, et probablement au balcon quand Les Trois Accords ont attaqué Grand champion.

Catégorisé punk au début de sa carrière, le quatuor ne s’est jamais vraiment cantonné à un style de rock, explorant à peu près tout ce qui s’est fait en musique de guitares de l’époque yé-yé jusqu’au new wave. Une chanson comme Les dauphins et les licornes (de Joie d’être gai, 2015) pousse les musiciens encore plus loin du pop-power-punk-rock, sorte de long crescendo débutant sous forme de ballade, avec Proulx assis sur son tabouret, seul au milieu de la scène, puis rejoint par les collègues pour l’envolée finale.

Le plus absurde allait suivre : Je me touche dans le parc (« Je me touche dans le parc/Les gens font toutes sortes de remarques/Pendant que les policiers débarquent »), Activité de groupe, l’apothéose J’aime ta grand-mère, « l’autobiographique » Ouvre tes yeux Simon, et une grappe d’autres classiques du groupe au rappel, Dans mon corps, Saskatchewan et Retour à l’institut. Une bonne soirée de rock cinglé aux vertus thérapeutiques, après s’être fait emplir la tête toute la semaine de Brexit, de rapport Muller et d’affaire SNC-Lavalin…