Une vie au bout d’un violon

Très tôt dans sa carrière, la musicienne a pris l’habitude de prendre la parole durant ses concerts, notamment pour présenter les pièces jouées.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Très tôt dans sa carrière, la musicienne a pris l’habitude de prendre la parole durant ses concerts, notamment pour présenter les pièces jouées.

Son violon la dit dans toutes ses nuances, et elle lui en est infiniment reconnaissante. Le violon d’Angèle Dubeau, qu’elle a chéri toute sa vie, nous accompagne le long du film Angèle en quatre temps, que le Festival international du film sur l’art (FIFA) présente comme film de clôture. Quatre temps, comme quatre saisons dans la vie d’une femme, c’est la thématique développée par la réalisatrice et scénariste Isabelle Depelteau pour accompagner le parcours de la musicienne. Née dans une famille de musiciens de Saint-Norbert, la toute petite Angèle a d’abord voulu jouer du « vouéloncielle ». Sa taille d’enfant l’a assignée à un violon, qu’elle traitait comme une poupée. L’instrument ne l’a plus quittée. Il est touchant de l’entendre raconter comment son père se couchait devant la porte de sa chambre pour l’entendre jouer. Plus tard, la jeune virtuose a hérité à 15 ans d’un stradivarius du XVIIIe siècle ayant appartenu au violoniste Arthur Leblanc.

À travers diverses images et vidéos d’archives, le film raconte les débuts de la petite Angèle, tout de suite passionnée de musique. De Saint-Norbert à Montréal, puis à New York et en Roumanie, la jeune femme déterminée semble menée par un puissant appel intérieur. Elle rend hommage en chemin au musicien Raymond Dessaint, qui a formé son oreille et affiné sa technique, dit-elle. La musique la mènera aux quatre coins du monde, elle qui a joué notamment devant Nelson Mandela, Deng Xiaoping, et la reine Elizabeth II. Ces tournées la laisseront aussi solitaire. Et c’est de cette solitude notamment que naîtra le désir de créer son propre ensemble, La Pietà, où elle agira autant comme soliste que comme chef d’ensemble. Cet ensemble, doit-on le rappeler, est exclusivement composé de femmes musiciennes. Est-ce pour Angèle Dubeau une façon de se venger de s’être fait dire, alors qu’elle était toute jeune, qu’elle jouait « comme un homme » ?

Reste que c’est avec ce groupe de musiciennes, devenues amies, qu’Angèle Dubeau a continué d’aller de tournée en tournée, laissant souvent derrière elle, le coeur gros, sa fille et son conjoint et imprésario, François Mario Labbé. Ce sont eux d’ailleurs que l’interprète a retrouvés après avoir pris la décision de cesser de donner des spectacles et de se consacrer à d’autres projets, notamment via sa présence sur Internet. L’artiste a pris cette décision après avoir surmonté un cancer du sein.

Beaucoup plus qu’un interprète virtuose, Angèle Dubeau est une leader, dit d’elle le musicien François Dompierre.

La musique classique, elle a voulu la démocratiser. Très tôt dans sa carrière, elle a pris l’habitude de prendre la parole durant ses concerts, notamment pour présenter les pièces jouées. Et elle se chagrine lorsqu’elle entend des personnes âgées qui vont à ses concerts lui dire que c’est la première fois qu’ils voient un spectacle de musique classique de leur vie. Avec son conjoint, elle a notamment fondé la Fête de la musique de Tremblant, où tous les genres de musique se côtoient et se complètent.

Ses projets, eux, continuent de voyager, d’oreille en oreille.

Angèle en quatre temps

Isabelle Depelteau. Avec Angèle Dubeau. Canada, 2019, 83 minutes.