Scott Walker n’est plus

Scott Walker, en 1968, au début de sa carrière solo
Photo: Netherlands Institute for Sound and Vision / Wikimedia Scott Walker, en 1968, au début de sa carrière solo

Son génie mélodique avait rendu la pop majestueuse et a influencé plusieurs générations de musiciens rock, de David Bowie à Alex Turner en passant par Jarvis Cocker : le chanteur Scott Walker est décédé à l’âge de 76 ans.

« C’est avec une grande tristesse que nous annonçons le décès de Scott Walker », a tweeté sa maison de disque 4AD, sans préciser la date ni la cause du décès, décrivant l’artiste comme « l’un des innovateurs les plus admirés ».

L’hommage est à la mesure de l’immense talent de ce musicien qui, les années passant, est devenu pour le grand public une référence assez lointaine de la pop des années 1960 avec les Walker Brothers et leur grand succès The Sun Ain’t Gonna Shine (Anymore). Il était cependant une légende pour ses admirateurs, toujours pas remis de ses quatre premiers albums solo (la série des Scott).

Il fut aussi une source inestimable d’inspiration pour de nombreux musiciens : David Bowie, Radiohead, Pulp, The Divine Comedy, R.E.M., Elvis Costello, Marc Almond, U2, The Last Shadow Puppets, sans oublier Alain Bashung parmi les Français.

« Très triste d’apprendre le décès de Scott Walker. Il a eu une grande influence sur Radiohead et moi-même, me montrant comment je pouvais utiliser ma voix et les mots », a tweeté Thom Yorke.

« Tellement triste d’apprendre pour Scott Walker… vraiment un des plus grands, si unique, un vrai artiste », a réagi le producteur britannique Nigel Godrich.

Si Londres reste pendant 50 ans sa ville de coeur et d’épanouissement musical, Noel Scott Engel est bien né américain, dans l’Ohio, le 9 janvier 1943. C’est à Los Angeles qu’il s’éveille artistiquement à l’adolescence : le jazz de Bill Evans lui titille les oreilles, la Beat Generation le fait voyager, le cinéma européen le fascine, notamment celui d’Ingmar Bergman dont Le septième sceau lui inspirera en 1969 The Seventh Seal, sublime ouverture de son meilleur album, Scott 4.

De la lumière à la pénombre

Avant d’atteindre ce sommet, c’est avec les Walker Brothers, trio formé en Californie en 1964 (avec John Maus et Gary Leeds), qu’il se fait connaître, grâce à trois premiers albums, dont la pop rivalise avec celle des Beatles. L’ascension est fulgurante, en particulier au Royaume-Uni, où ils s’installent dès 1965.

À partir de 1967, le chanteur à la voix grave et puissante qui emprunte, de son propre aveu, légèrement à Frank Sinatra, se lance en solo. Suivront quatre albums fondateurs, Scott, 2, 3 et 4.

Sa musique, symphonique et baroque, vire grandiose. Il chante notamment The Old Man’s Back Again, sur l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968, et de nombreuses reprises de Jacques Brel, qu’il idolâtre et qu’il fera découvrir à David Bowie. Ce dernier reprendra d’ailleurs ses adaptations d’Amsterdam et My Death, à l’époque de Ziggy Stardust.

Les années 1970 sont marquées par un léger déclin, malgré une reprise remarquable de Michel Legrand (What Are You Doing The Rest Of Your Life ?) qu’on entend sur Till the Band Comes in. Walker, qui fuyait déjà le succès derrière ses lunettes noires, devient un artiste de plus en plus énigmatique et reclus dans le sud de Londres.

Au cours des années 1980 et 1990, il reste toutefois créatif, sortant épisodiquement des albums qui témoignent de son orientation expérimentale et composant des musiques de film, comme celle de Pola X, de Leos Carax.

Les années 2000 le voient sortir de la pénombre. Jarvis Cocker, en admirateur comblé, lui confie les manettes du dernier album de Pulp, We Love Life, et il se fend de deux albums, The Drift et Bish Bosch, encensés par la critique.

L’un des premiers à réagir à sa disparition est Marc Almond. « Énigmatique, mystérieux. […] Un absolu génie musical, existentiel et intellectuel. Nous avons perdu Bowie et maintenant lui. Il y a une fissure dans l’univers », a écrit l’ex-chanteur de Soft Cell sur Instagram.