Paris debout pour Charles Richard-Hamelin

Charles Richard-Hamelin n’a pas manqué son rendez-vous et a donné, devant un public de connaisseurs dans un silence de cathédrale, un récital d’une tenue exceptionnelle, selon Christophe Huss.
Photo: Christophe Huss Le Devoir Charles Richard-Hamelin n’a pas manqué son rendez-vous et a donné, devant un public de connaisseurs dans un silence de cathédrale, un récital d’une tenue exceptionnelle, selon Christophe Huss.

La salle comble du Studio de la Philharmonie de Paris s’est levée comme un seul homme après la dernière note de la 3e Sonate de Chopin qui mettait un terme au premier récital à Paris du pianiste québécois Charles Richard-Hamelin.

On ne le répétera jamais assez : les « standing ovations », lot commun des concerts au Québec, sont relativement rares en Europe. Cet élan unanime était aussi spontané que mérité. Car Charles Richard-Hamelin n’a pas manqué son rendez-vous et a donné, devant un public de connaisseurs dans un silence de cathédrale, un récital d’une tenue exceptionnelle.

Nous avions assez peur en voyant au programme la Fantaisie de Schumann, oeuvre des plus périlleuses. Des Schumann entendus de Charles Richard- Hamelin, ce fut, il y a un an, à Bourgie, le moins convaincant, car assez décousu et un peu brouillon. L’interprétation mardi était méconnaissable : tout était tenu, structuré, logique. Le premier mouvement n’était plus fait de foucades interrompues par des rêveries mais exactement l’inverse. Le dernier mouvement ne s’échappait plus. Et partout régnait un contrôle du son suprême, avec des nuances à la main gauche dont émanait une étreignante poésie.

Charles Richard-Hamelin a donc osé la Fantaisie à Paris comme il avait osé la 1re Sonate à la Maison Trestler il y a quelques années. Un pari fou devant un public qui a entendu les plus grands pianistes dans ce « juge de paix » du répertoire, une oeuvre du compositeur le plus délicat à appréhender en raison des nombreux revirements de sa musique. En 2019, Charles Richard-Hamelin articule tous les épisodes et trouve les manières de couler une nuance dans une autre.

C’est ainsi que le « Lent et soutenu » final se pare de beaucoup de mystère, comme s’il s’enfonçait (main gauche toujours) dans les profondeurs de la forêt allemande. C’est ici l’art du chant que Charles Richard-Hamelin cultive. Un acquis qu’il tient désormais de sa fréquentation du 1er Concerto de Brahms.

Enchaînée sans pause, la 3e Sonate de Chopin, malgré un accroc au départ (il y en eut aussi un petit à la fin du 2e mouvement de la Fantaisie), a démontré tout le potentiel de ce pianiste. Nous avons entendu à quel point cet artiste d’une grande modestie naturelle, évoluant dans une oeuvre, peut en déceler des recoins poétiques comme un spéléologue découvre des cavernes dans une grotte.

Richard-Hamelin a gardé sa spontanéité, mais ajoute beaucoup d’imagination, notamment dans la manière de sculpter les phrases des 3e et 4e mouvements et, de manière générale, d’infléchir et de relancer le discours musical. Ici, tout est techniquement admirablement tenu, notamment le redoutable molto vivace du 2e mouvement, alors que le poignant Largo déploie une grande profondeur de sentiments sans la moindre condescendance. C’est ce raffinement dans une démarche qui reste naturelle qui touche les spectateurs.

La discussion esthétique se fait désormais dans l’infinitésimal des textures, des transitions, des balances main gauche main droite. Nous prenons ici le pari qu’elle va nous amener, à terme dans Chopin, dans Brahms ou Schumann, vers des contrées que fréquente un András Schiff dans Schubert ou Bach après quatre décennies de carrière. Sans esbroufe, sans jamais frapper fort, Charles Richard-Hamelin va creuser son sillon. Il reste à espérer qu’il y aura des oreilles pour l’entendre. Pour l’instant, le Japon, le Québec et désormais la France les dressent.
 

Christophe Huss est l’invité de la Philharmonie de Paris.

Le pianiste assiste au succès de l’OSM à Paris

C’était soirée résolument québécoise mardi à la Philharmonie de Paris, puisque l’Orchestre symphonique de Montréal, dans la grande salle, suivait Charles Richard-Hamelin. Le pianiste est allé entendre l’OSM et nous l’y avons rencontré.

Ce n’est pas la première fois qu’il assiste à un concert, malgré l’effort consenti juste auparavant. « Une fois que c’est fait, on a beaucoup d’énergie et on est assez ouvert », nous a avoué le pianiste, heureux de la tournure de son récital, appréciant la qualité d’écoute et celle du piano. « J’aurais juste aimé une petite pause entre Schumann et Chopin. » Mais le petit accroc au début du Chopin est oublié. Il pense à la « célébration de Montréal » : « Je suis bien content de regarder mes collègues, puisque je commence à connaître bien des musiciens de l’OSM. »

Nous avons assisté à un excellent concert d’un orchestre très engagé. Comme lors des tournées que Le Devoir a eu la chance de suivre, nous avons entendu un niveau musical vraiment supérieur dans les échanges entre les pupitres (Debussy) et l’énergie (Sacre du printemps). On a aussi assisté à une admirable prestation de Marie-Nicole Lemieux. L’orchestre s’est visiblement délecté de ce qui est possiblement la meilleure salle du monde. 

Récital Charles Richard-Hamelin

Schumann : Fantaisie op. 17. Chopin : Sonate pour piano no 3. Philharmonie de Paris, Le Studio, mardi 19 mars 2019.