La douce plénitude de la joie cosmique au concert du chef Bernard Haitink à Paris

Le chef d'orchestre néerlandais, Bernard Haitink
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Le chef d'orchestre néerlandais, Bernard Haitink

Bernard Haitink effectue en Europe, avec l’Orchestre symphonique de Londres, une tournée marquant ses 90 ans. Il retournera ensuite à la tête de l’Orchestre de la Radio hollandaise, où il a fait ses débuts il y a 65 ans, puis posera son bâton, officiellement pour une année sabbatique, officieusement pour toujours.

L’étape parisienne de cet émouvant dernier tour de piste, à laquelle Le Devoir a pu assister grâce à l’invitation adressée par la Philharmonie de Paris à l’occasion du récital de Charles Richard-Hamelin, comprenait le Concerto pour violon de Dvorak avec Isabelle Faust et la 4e Symphonie de Mahler, oeuvre emblématique de la carrière du chef.

De cette première partie nous gardons cette image étonnante du chef debout en bord de scène, légèrement vacillant sur sa canne, écoutant avec respect et attention la Sonate no 2, « Malinconia », de George Ysaÿe, jouée par Isabelle Faust en rappel. Haitink a cadré son accompagnement de Dvorak derrière une soliste mordante. Mais le sel était en seconde partie.

La musique qui réunit

Il est intéressant pour les mélomanes au Québec de chercher sur YouTube ou dans des disques des documents sonores de nos octogénaires, grands sages de la musique (Mozart Symphonies nos 40 et 41 par Blomstedt et 6e Symphonie de Bruckner de Bernard Haitink). La sagesse est universelle et peut se décliner d’une oeuvre à l’autre. La leçon est simple : rien ici ne se pose en à-coup ou en rupture brusque. La musique définit un cosmos sonore ordonné dans lequel s’ajoutent et s’imbriquent des éléments.

Dans ce contexte, quelle que soit la conception individuelle de chaque auditeur, Haitink parvient à utiliser la structure de l’oeuvre pour nous rallier à un point, que ce soit la péroraison finale du chant enfantin dans le 1er mouvement, une alchimie sonore qui explose en un ultime violent accord cristallin dans le 2e mouvement, ou un sublime dialogue altos-2e violon dans un Adagio aux cinq dernières minutes étreignantes.

Le plus étonnant est venu dans le finale. La chanteuse remplaçante, Sally Matthews, était tout sauf convaincante, puis, soudain, tout s’est illuminé, dans un air comme raréfié, sur les paroles « Aucune musique sur terre n’est comparable à la nôtre ». Trente secondes avant, on pestait encore et là, nous étions ébahis, sur un nuage sonore, dans la douce plénitude d’une joie cosmique, chantée par un ange sur un nuage sculpté par un chef.

Ce sculpteur, la musique lui doit beaucoup. Merci, Bernard Haitink, pour ces 65 années.

Christophe Huss est l’invité de la Philharmonie de Paris.

Tournée d’adieux de Bernard Haitink

Dvorak : Concerto pour violon. Mahler : Symphonie no 4. Isabelle Faust (violon), Sally Matthews (soprano), Orchestre symphonique de Londres, Bernard Haitink. Philharmonie de Paris, lundi 18 mars.