Débuts parisiens pour le pianiste Charles Richard-Hamelin

Le directeur du département concerts et spectacles de la Philharmonie de Paris, Emmanuel Hondré, a senti chez Charles Richard-Hamelin «une telle sincérité, une telle originalité, un profil artistique tellement touchant que mon cœur de musicien était en empathie immédiate».
Photo: Elizabeth Delage Le directeur du département concerts et spectacles de la Philharmonie de Paris, Emmanuel Hondré, a senti chez Charles Richard-Hamelin «une telle sincérité, une telle originalité, un profil artistique tellement touchant que mon cœur de musicien était en empathie immédiate».

Ce mardi à la prestigieuse Philharmonie de Paris, Charles Richard-Hamelin donnera son premier récital dans la capitale française. C’est avec la Fantaisie de Schumann qu’il tentera de conquérir le coeur des mélomanes français. Le Devoir aura la chance d’être témoin de cette rencontre.

C’est dans les coulisses du triomphal concert de l’Orchestre Métropolitain à la Philharmonie en décembre 2017 que le rendez-vous a été pris après une invitation formulée par le directeur du département concerts et spectacles de la Philharmonie, Emmanuel Hondré. « Nous allons faire débuter ce formidable pianiste du Québec que j’ai entendu à Varsovie, nous avait-il dit. Il faudra que vous veniez pour en parler à vos lecteurs. Nous vous inviterons ! »

Ce ne furent pas des paroles en l’air. Il est émouvant de voir des institutions étrangères se soucier de l’intérêt du témoignage que peut apporter au pays un média québécois sur le talent d’ici.

Des artistes et des cases

Rencontré lundi à la Philharmonie, Emmanuel Hondré est revenu sur ce coup de foudre musical avec Charles Richard-Hamelin. « En assistant à des concours, j’ai le point de vue de quelqu’un qui travaille pour enrichir la vie musicale par sa diversité. En plus, il y a des coups de coeur. Je ne dis pas que les musiciens qui ont eu le 1er et le 3e prix au Concours Chopin étaient moins intéressants. Mais, lors de la finale, j’ai senti chez Charles Richard-Hamelin une telle sincérité, une telle originalité, un profil artistique tellement touchant que mon coeur de musicien était en empathie immédiate. J’étais face à une personnalité qui méritait d’être aidée. »

Les propositions de la Philharmonie, même pour des artistes moins connus, sont suivies par le public : « Par capillarité, votre engouement se diffuse quand vous écrivez ou quand je programme. On n’arrive pas à cacher ou à tricher quand on est emballé par un artiste. » Toutefois, Emmanuel Hondré insiste sur la nécessité d’« accompagner la découverte » : « Le public aime découvrir des personnalités. Le lien entre le musicien et la société est devenu central. Il ne suffit plus d’être un grand musicien, il faut faire sentir pourquoi et ce qu’on cherche à faire partager au public. Nous avons tous peur d’un formatage des musiciens. Le meilleur antidote, c’est l’originalité. On rétrécit quand on se ressemble. Et c’est ce que j’ai aimé chez Charles. Il était à part, tout simplement et, sans que je le connaisse, je sentais une personnalité qui allait échapper au système. Nous avons besoin de musiciens qui ne rentrent pas dans des cases. »

Pour Charles Richard-Hamelin, ce sera un premier concert à Paris fort loin de son premier concert en France : « L’histoire de mon premier concert en France est drôle, racontait-il avant son départ. Quand j’étais au cégep, j’avais d’autres intérêts que la musique classique et j’aimais beaucoup le rock, notamment Genesis, et avec un quatuor instrumental nous avions gagné le prix de l’Office franco-québécois pour la jeunesse dans le cadre du concours Cégeps en spectacle. Nous avons eu un voyage tout payé pour aller jouer lors d’un festival de musique universitaire à Belfort, en France. Mon premier concert en France était donc, il y a 11 ans, un concert de ma propre musique rock instrumentale avec un band. »

Ah, si Emmanuel Hondré savait cela… Ne pas rentrer dans les cases. Il ne pensait pas si bien dire. « Mon intérêt en musique est quand même assez large », explique le pianiste goguenard. Si après son récital, mardi, on le croise au concert de l’OSM à Paris, il faudra penser à lui demander s’il compose toujours du rock !

Christophe Huss est l’invité de la Philharmonie de Paris pour le récital marquant les débuts parisiens de Charles Richard-Hamelin.