«Boum Dang Sangsue!» de Philippe Brach: concept bancal mais soirée débile

Philippe Brach présentait pour un soir seulement à la Maison symphonique un spectacle ambitieux avec pas moins de 80 musiciens.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Philippe Brach présentait pour un soir seulement à la Maison symphonique un spectacle ambitieux avec pas moins de 80 musiciens.

« Ça paraît-tu que ç’a été monté il y a deux semaines ? » a lancé un Philippe Brach, ironique, vers la fin de Boum Dang Sangsue, son concert événementiel à haute saveur classique. Ben, quand même un peu, pour tout dire.

La Maison symphonique était tout de même un parfait écrin jeudi pour Brach, qui y présentait pour un soir seulement un spectacle ambitieux avec pas moins de 80 musiciens, ceux de l’Orchestre de l’Agora, dirigés par le jeune Nicolas Ellis.

Chapeautant le tout, il y avait le concept intriguant de Boum Dang Sangsue, ce faux trio iconoclaste composé de Philippe Brach et de deux invités, l’auteur et acteur Fabien Cloutier et l’auteure et poétesse Érika Soucy. Concept qui s’est révélé en fait plutôt mince, voire une simple excuse pour brasser un peu la cage de cette soirée symphonique.

Devant le vaste orchestre, le trio a commencé la soirée avec une courte apparition comique pendant laquelle il a énuméré des choses impressionnantes — « des chevaux comme dans Cavalia », « 20 P.K. Subban », « un maudit gros orchestre » — avant d’entonner, chandails du Tricolore sur le dos, l’hymne national en mode mineur.

Puis on n’a revu Cloutier et Soucy que brièvement après l’entracte, entre deux chansons, le temps d’un peu de poésie bien vivante et de lignes chantées décalées à saveur écologiste. C’était un peu du n’importe quoi, mais du n’importe quoi qui au moins apportait du rythme, sous forme de ruptures d’énergie, à l’ensemble.

Continuons dans le désordre en commençant par le début. Toute la première partie de Boum Dang Sangsue était dédiée aux 80 collègues de Nicolas Ellis, qui ont enchaîné avec beaucoup de talent Les animaux modèles de Poulenc, Le cygne de Saint-Saëns, le tableau 1 de Pétrouchka de Stravinsky et La valse de Ravel.

Devant une foule assez jeune, l’Orchestre de l’Agora était concentré, mais semblait bien s’amuser — notamment les percussions au fond qui se faisaient des pouces en l’air après un solo de triangle. Si dans Poulenc on imaginait bien la faune grouiller en forêt, avec Stravisnky naissait davantage de tension. Et de détente aussi, comme lorsque le tuba a poussé, seul, une note disons flatulente et faisant par le fait même rigoler toute la Maison symphonique. Le premier bloc s’est terminé avec un crescendo incendiaire de Ravel, émouvant d’intensité.

C’est un peu à ce moment-là qu’on s’est rendu compte que le concept était probablement futile dans toute cette soirée, et que la musique allait probablement parler d’elle-même.

Après l’entracte, c’était au tour de Brach de prendre le devant de la scène, pour interpréter presque telles quelles les pièces de son dernier disque, Le silence des troupeaux.

En soi, ces nouvelles versions portées par tous ces musiciens valaient le détour, particulièrement Tu voulais des enfants, La peur est avalanche et La guerre (expliquée aux adultes) avec un choeur d’une dizaine de jeunes filles. Mais la mise en scène ne mettait pas Brach en avantage, tout coincé qu’il était devant la scène, ou accoté sur une fausse roche assez accessoire, c’est le cas de le dire.

On aurait dit qu’il ne savait pas trop où se poser, d’autant qu’il tournait souvent le dos à la foule en dodelinant. C’est lorsqu’on lui a apporté sa guitare qu’il a repris de l’aplomb. Ce qui a aussi réveillé la foule en même temps.

Ratée, cette soirée ? Non, d’autant qu’elle était parsemée de moments brillants. Le concept était bancal, mais la soirée était débile, dans les deux sens du terme.