L’état de sidération au Festival Palazzetto Bru Zane

Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel ont démontré à quel point on peut constituer un récital passionnant autour d’oeuvres rares.
Photo: JB Millot Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel ont démontré à quel point on peut constituer un récital passionnant autour d’oeuvres rares.

Les occasions pour un mélomane chevronné d’être sidéré par une oeuvre inconnue sont assez rares. C’est pourtant ce qui est arrivé, dimanche, dans le 2e mouvement de la Sonate pour violoncelle et piano d’Henri Duparc, à nombre de spectateurs venus entendre le concert mettant un point final au premier Festival Palazzetto Bru Zane à Montréal.

L’existence d’une Sonate pour violoncelle d’Henri Duparc (1848-1933) nous avait jusqu’ici échappé, ou, si elle avait croisé notre route, ce n’était pas dans une lecture aussi profondément recueillie de son saisissant 2e mouvement. Duparc aurait composé cet abîme de mélancolie à 19 ans. Guillaume Lekeu (1870-1894), ultérieurement, aura en lui une telle noirceur au même âge.

S’il n’en tenait qu’au compositeur, jamais nous n’aurions entendu cela : il a détruit la partition.Mais une copie a survécu et la sonate put être créée en 1948 par Pierre Fournier. Tout n’est pas parfait chez Duparc, compositeur d’oeuvres instrumentales. Ainsi, les mouvements gravitent autour d’un seul thème, mais cette sonate méritait de survivre.

Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel ont démontré à quel point on peut constituer un récital passionnant autour d’oeuvres rares. L’érudite notice présentait la Sonate opus 16 n° 1 (1820) de George Onslow comme la première sonate pour violoncelle et piano française. Bien des qualités déjà, avec une vraie égalité entre les instruments et un 2e mouvement qui, comme l’a souligné Emmanuelle Bertrand, annonce Schubert. À y écouter de plus près, on se dit qu’Onslow devait bien connaître la musique de Beethoven : il y a des échos de sonates dans l’accompagnement de piano, par exemple, dans la réexposition du 2e mouvement, une descente chromatique rappelant l’Appassionata.

Par rapport à ces deux « outsiders », la sonate de Saint-Saëns se démarque par sa densité et sa plénitude sonore, sa puissance, sa maîtrise, avec, en comparaison de Duparc, une maîtrise de la forme (1er mouvement) incomparable. Il s’agit là de raretés, mais de raretés passionnantes, pas d’oeuvres de troisième rayon.

Les voir célébrées par Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel est une aubaine. La violoncelliste possède un son d’une puissance et d’une épaisseur dans le médium et le grave que beaucoup de solistes peuvent lui envier.

À l’opposé, son interprétation du volet central de Duparc, qu’elle susurrait quasiment sur un filet de son, était un bijou. Quant à Pascal Amoyel, si notre attention n’était pas si accaparée par son épouse violoncelliste, on n’écouterait que lui, avec son autorité (Saint-Saëns) et ses merveilleuses inflexions dynamiques (3e mouvement d’Onslow). Son seul moment moins impérial fut le finalede Duparc.

Les interprètes ont offert l’Élégie de Fauré en rappel, en miroir à Après un rêve, qui ouvrait le concert.

Après un rêve

Festival Palazzetto Bru Zane Montréal, concert de clôture. Fauré : Après un rêve. Onslow : Sonate pour violoncelle et piano op. 16 n° 1. Duparc : Sonate pour violoncelle et piano en la mineur. Saint-Saëns : Sonate pour violoncelle et piano n° 1. Emmanuelle Bertrand (violoncelle), Pascal Amoyel (piano). Salle Bourgie, dimanche 10 mars.