La leçon de français

La harpiste Valérie Milot
Photo: Ève Leclerc Archives La harpiste Valérie Milot

Un programme de musique française concocté par les meilleurs spécialistes de la musique française, dirigé par un gourmand de musique française, c’est de bon augure.

Dans les faits, le concert inaugurant le petit rendez-vous marquant, en cette fin de semaine, l’association entre le Palazzetto Bru Zane et la Fondation Arte Musica était encore bien meilleur que les prévisions.

En effet, notre grand baryton Jean-François Lapointe, une référence en matière de présence vocale, d’éloquence et d’intelligibilité, a chanté des mélodies avec orchestre de Camille Saint-Saëns qui, comme l’a dit le directeur scientifique du Palazzetto, Alexandre Dratwicki, ont connu vendredi soir leur première exécution en Amérique du Nord. Jean-François Lapointe a notamment mis des aigus rayonnants au service de la mélodie La cloche.

Outre Saint-Saëns, Lapointe a pu nous faire découvrir la saynète Le poète et le fantôme de Massenet, où dans l’orchestration, le fantôme est accompagné par la grosse caisse. Quant aux trois mélodies de la seconde partie, la plus titillante était forcément la Chanson du pêcheur, version Gabriel Fauré, le texte étant le même que celui de Sur les lagunes des Nuits d’été de Berlioz, inégalé dans la mise en musique.

L’autre soliste, la harpiste Valérie Milot, s’est vu confier le nectar du répertoire français pour son instrument : l’étrange Conte fantastique d’André Caplet, les magiques Danses sacrée et profane et, suprême, l’Introduction et allegro de Maurice Ravel. En conclusion du concert, dans un vrai contexte historique, cette programmation a été comme une révélation renouvelée du profond génie harmonique de Ravel. L’entente de la harpiste avec l’orchestre et Mathieu Lussier a été parfaite, comme en témoignait la transition entre la danse sacrée et la danse profane chez Debussy.

En formation renforcée et de composition un peu inhabituelle, avec Yolanda Bruno en violon solo, brillante dès l’ouverture du Déluge, Les Violons du Roy ont proposé des oeuvres orchestrales rares, dont une étrange Valse très lente de Massenet et de superbes extraits d’un album pour petits mélomanes de Pierné comprenant une irrésistible Marche des petits soldats de plomb.

Des concerts originaux de cet acabit et de cette tenue, on en redemande.

Clair de lune

Concert d’ouverture du Festival Palazzetto Bru Zane Montréal. Saint-Saëns : Prélude extrait du Déluge. Trois mélodies avec orchestre (Extase, La cloche, L’angelus). Massenet : Le poète et le fantôme. Valse très lente. Caplet : Conte fantastique pour harpe et cordes. Pierné : 3 extraits de l’Album pour mes petits amis. Debussy : Danse sacrée et danse profane. Hahn : Mai, mélodie avec orchestre. Fauré : Clair de lune, Lamento (Chanson du pêcheur). Ravel : Introduction et allegro. Jean-François Lapointe (baryton), Valérie Milot (harpe), Les Violons du Roy, Mathieu Lussier. Salle Bourgie, 8 mars 2019.