Une déception, deux consolations

Le plus récent album de John Mayal, «Nobody Told Me», ne présente que des solos à n’en plus finir. 
Photo: Cristina Arrigoni Le plus récent album de John Mayal, «Nobody Told Me», ne présente que des solos à n’en plus finir. 

Comment il disait déjà, le zygomar du théâtre qui pleure ? Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie obladi, oblada… Bon, mettons que la vieillesse a joué un tour de cochon chinois — c’est son année, au cochon, non ? — à l’ami Mayall, John de son prénom. Heureusement qu’Elvin Bishop est intervenu pour semer les graines de l’humour et que Tony Joe White a ressorti des boules à mites son blues de marguerite et de coquelicot. Détaillons.

Au cours des dernières années, Mayall, 85 ans aujourd’hui, a publié quatre albums qui avaient ceci de remarquable : l’approche choisie par l’homme originaire de Manchester, la façon de faire, le traitement arrêté par le trio qui l’accompagne ont fait des albums en question les équivalents de ceux publiés dans les années 1960. En d’autres mots, A Special Life, Find a Way to Care, Talk About That et Three for the Road étaient à classer dans la même catégorie que le Beano Album, Hard Road et Crusade, soit celle des incontournables.

Il va sans dire que lorsqu’au début de l’année il a été annoncé que l’on pouvait commander son nouveau disque en pré-vente — Nobody Told Me sur étiquette Forty Below Records a été publié le 22 février dernier —, on s’est empressé d’agir. Puis, une fois le disque en main, on l’a écouté et là, on a eu un choc égal à un choc culinaire singulier : le tout s’est dégonflé comme un soufflé au fromage.

En fait, la vérité de cette histoire est la suivante : le vétéran de la guerre de Corée est tombé dans les ornières du producteur. De-que-cé ? Celui-ci, il se nomme Eric Corne, est parvenu à convaincre Mayall d’enregistrer avec des mercenaires de la six-cordes réputés pour leur maîtrise technique, voire leur virtuosité, alors que dans les faits ils sont très bavards.

Car Nobody Told Me n’est que cela : des solos à n’en plus finir. En clair, on entend ce qui a été enregistré et entendu des centaines de milliers de fois. On doit avouer, même confesser, que les dissertations de John McLaughlin, Stevie Ray Vaughan et autres nous ont toujours… épuisé ! Les coupables ? Ici, ils s’appellent Joe Bonamassa, Larry McCray, Todd Rundgren, Alex Lifeson, Steven Van Zandt et Carolyn Wonderland. Vivement le prochain album !

Campagne et bayous

Heureusement qu’Elvin Bishop et Tony Joe White avaient publié des petits nouveaux au cours des semaines antérieures. Le dernier du premier s’intitule Something Smells Funky ‘Round Here, sur Alligator Records. Celui de White ? Bad Mouthin’. Dans un cas comme dans l’autre, ce qui est proposé est un blues de campagne et de pêche. C’est paysan dans le sens archinoble du terme. Au ras des pâquerettes, c’est le cas de le dire, nous ne sommes pas à Chicago, mais dans les bayous avec Joe White et au bord des rivières de l’Oregon avec Bishop.

Photo: Associated Press Le dernier d’Elvin Bishop, «Something Smells Funky ‘Round Here», et le dernier de Tony Joe White, «Bad Mouthin’» (ci-dessous), proposent dans un cas comme dans l’autre un blues de campagne et de pêche.

On l’a peut-être oublié, mais Bishop est le héros méconnu de la grande époque du Paul Butterfield Blues Band. Passons. Aujourd’hui, il est à la tête du Big Fun Trio, qui rassemble Bob Welch à la guitare, au piano et à l’orgue et Willy Jordan au cajon, une batterie péruvienne. Entre les mots du commentaire social et de l’humour et la cohésion, voire la complicité musicale des trois, on nous propose l’album le plus sympathique de ces temps-ci. C’est original et séduisant en diable.

Photo: Rich Diamond Agence France-Presse

Avec Tony Joe White, c’est pas compliqué, nous sommes en présence d’un grand défenseur du blues minimaliste. Sur la plupart des pièces enregistrées, il chante seul avec sa guitare et son harmonica. Bref, avec Bad Mouthin’ sur Yep Roc Records, il s’est posé en héritier très digne de Lightnin’ Hopkins. Fait d’une grande tristesse, l’auteur de Polk Salad Annie est décédé une semaine après la sortie de cet album.