Jacques Loussier (1934-2019): quand les mesures de Bach se déhanchaient

Né en 1934 à Angers, berceau des vins de Loire, Jacques Loussier possédait une formation très classique.
Photo: Jose Luis Lopez CC Né en 1934 à Angers, berceau des vins de Loire, Jacques Loussier possédait une formation très classique.

Le musicien de jazz Jacques Loussier est décédé mercredi à l’âge de 84 ans. Avec ses adaptations jazzées de la musique de Jean-Sébastien Bach, ce pianiste français a fait connaître la musique du compositeur allemand à de nombreux futurs mélomanes.

Né en 1934 à Angers, berceau des vins de Loire, Jacques Loussier possédait une formation très classique. Il entre à 16 ans au Conservatoire de Paris dans la classe du grand Yves Nat, la référence française en matière d’interprétation des grands classiques allemands. Comme Brahms, dont Yves Nat était un grand interprète, Loussier joue dans les boîtes et les bars. Il accompagne aussi des chanteurs. Peu à peu, il décide de s’orienter vers le jazz.

Idée de génie

L’idée de génie arrive en 1959, date de la création de son trio avec le contrebassiste Pierre Michelot et Christian Garros à la batterie : il va faire swinguer Bach. L’album Play Bach est un phénomène instantané qui appelle une suite, Play Bach 2, dès 1960. Lorsque paraît en 1965 Play Bach No. 5, des millions d’exemplaires sont vendus. Cette série fait l’admiration de Glenn Gould.

Le succès de Play Bach se transpose de manière durable à la scène et dans plusieurs pays, au point que Loussier, épuisé par les voyages, dissout le groupe en 1978. Il se consacre alors à la composition et à la viticulture (30 hectares de vignes) dans son Château de Miraval, un domaine de 600 hectares acquis à Correns dans le Var, en Provence. Il y installe un studio d’enregistrement, le Studio Miraval, qui gagne vite en réputation, au point d’y attirer Pink Floyd, qui y enregistre une partie substantielle de The Wall, mais aussi, ensuite, Sting, The Cure ou AC/DC.

Lorsque Jacques Loussier revend Miraval en 1998, il vient de perdre Vincent Charbonnier, le bassiste du trio qu’il a relancé en 1985. Avec le remplaçant de Charbonnier, Benoît Dunoyer de Segonzac et André Arpino à la batterie, Loussier se lance dans de nombreux projets musicaux pour l’étiquette Telarc : Satie, Händel, le Boléro de Ravel, Beethoven, deux Concertos de Mozart ont ajouté des cordes à son arc. Il livre aussi en solo ses impressions sur les Nocturnes de Chopin.

La déconfiture de l’étiquette américaine, mais pas seulement elle, fait qu’on en reviendra encore et toujours à la source, à l’original : cette source inépuisable de bonheur et de surprises que furent les cinq albums originaux de Play Bach. Rares auront été les musiciens qui avec un tel flair auront marié jazz et classique.