Jean-Yves Thibaudet et l’OSM: 32 ans de complicité

Jean-Yves Thibaudet
Photo: Andrew Eccles Jean-Yves Thibaudet

C’est avec les soirées de cette semaine que l’OSM finit le rodage de ses concerts prochainement présentés en tournée en Europe. Le programme de mardi, repris mercredi soir, n’étant pas très long, Kent Nagano en a même profité pour tester un rappel, La valse de Ravel.

Le soliste de cette semaine est un vrai trésor et sa présence, notamment à la Philharmonie de Berlin, une aubaine pour l’OSM. Même si l’on n’imagine pas a priori l’association Thibaudet-Nagano, et qu’effectivement c’est une première ici, la collaboration entre le pianiste français et l’orchestre, historique et symbolique, remonte au 13 octobre 1986. Le très expressif soliste est revenu ensuite en 1989, deux fois en 1990, deux fois en 1995, en 2011 et en 2016, cette dernière fois sous la direction de Vasily Petrenko.

Le Concerto « l’Égyptien » de Saint-Saëns est l’oeuvre absolue, idéale, parfaite, qui semble littéralement avoir été écrite pour Jean-Yves Thibaudet. En attendant de voir ce que Louis Lortie en fera au disque, pour l’heure et depuis facilement deux décennies, dans cette partition, à nos yeux, il y a Thibaudet et les autres. Malgré la réussite au disque de Stephen Hough, les sonorités, parfois sorties d’on ne sait où, dans l’Andante attestent de cette primauté du pianiste qui virevolte de manière unique, avec une finesse et un esprit suprêmes. Kent Nagano a pris l’accompagnement de cette oeuvre très au sérieux.

À l’image du concert où Marie-Nicole Lemieux chantait Wagner et qui était intitulé Le sacre du printemps, cette prestation « olympique » et l’honneur immense que nous fait le maître de ce répertoire de s’y présenter ici et à l’étranger avec l’OSM s’inscrivent dans un concert qui titre sur… Ravel et Stravinski !

Ravel, donc, avec Alborada del gracioso, dans une interprétation excellemment tenue et fortement contrastée, déjà très affûtée. Pour ceux qui s’étonnent de voir que le chef n’emballe pas le tempo à la fin de l’oeuvre, signalons que cette accélération est un héritage de la tradition et non un fait légitimé par la partition.

Quant à Pétrouchka, la recette est désormais extrêmement éprouvée, puisque cette oeuvre avait été un ciment de la tournée européenne de 2014. On retrouve en 2019 cette vision positivement nerveuse, plutôt allante, emportée dans un souffle, qui ne surjoue jamais la narration et le théâtre sonore. Le raffinement des couleurs (cors dans le tableau final) et la lisibilité grâce à la transparence importent ici davantage que l’extraversion.

Tout cela est sur la bonne voie pour l’exportation.

Ravel et Stravinsky

Ravel : Alborada del gracioso. Camille Saint-Saëns : Concerto pour piano no 5, « L’Égyptien ». Stravinski : Pétrouchka, version 1947. Jean-Yves Thibaudet (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique, mardi 5 mars 2019. Reprise mercredi soir.