Une «Création» de Haydn enthousiaste

Les Violons du Roy et Jonathan Cohen en répétition
Photo: Atwood Photographie Les Violons du Roy et Jonathan Cohen en répétition

Grand projet de premières pour Jonathan Cohen et les Violons du Roy : une première programmation de La création de Haydn ; une prise de contact du nouveau chef avec la Chapelle de Québec et l’apparition du pianoforte récemment acquis par la Fondation des Violons du Roy.

La Chapelle de Québec et le somptueux pianoforte ont été les deux héros d’une soirée aussi intéressante qu’inégale. La conception du chef Jonathan Cohen est théâtrale, « historiquement informée » comme on dit, bourrée d’idées parfois très pertinentes, comme ce magnifique pianissimo entourant le passage qui décrit le trajet de la lune dans le ciel nocturne (après un lever de soleil hélas assez faux), mais parfois assez étrange par son espèce d’impatience d’en découdre.

Un homme pressé

Le premier air avec choeur, décrivant le premier jour, un andante, devient sous la baguette de Cohen un allegro animé et sautillant qui prend la poudre d’escampette. On a alors l’impression que Cohen nous dirige du Haydn de la période Sturm und Drang du tournant des années 1770, alors que nous sommes ici en 1798 avec un style marqué par le désir de faste et d’ampleur.

Ce côté trop pressé de Jonathan Cohen ressort dans l'« Air des oiseaux » de Gabriel (soprano) au début de la seconde partie. Le tempo devrait être dicté par la clarinette et la flûte et leurs interventions ne devraient jamais êtres pressées. C’est d’ailleurs pour cela que Haydn indique Moderato.

Le dernier moment très discutable fut l’air de baryton de la création des animaux, où le soliste Bauer nous a fait un numéro de récit expressionniste halluciné quelque part entre la scène de la gorge aux loups du Freischütz de Weber et Wozzeck de Berg. Qui a eu l’idée de cette hérésie-là ? Le soliste, le chef ou les deux ?

Cela dit, il veut mieux avoir des idées, du cran et de la personnalité et se planter de temps en temps que d’ouvrir le robinet à musique et faire couler les notes ! Il y a donc évidemment eu de bien belles choses en échange, comme la candeur d’Adam et Ève dans la 3e partie, la ferveur, la puissance et l’homogénéité du choeur (fin de 2e partie !), la caractérisation très imagée de la direction dans la création des éléments ou des animaux.

Allan Clayton a nettement dominé le trio de solistes, avec sa voix douce et ronde. Thomas E. Bauer est un chanteur parfois étrange, avec un beau timbre, mais une voix qui manque de projection ou d’éclat. Il vise la narration, mais au prix d’artifices. Déception, par contre, pour Anna Lucia Richter en regard de sa glorieuse réputation. La voix est belle et parfaitement adaptée. Elle est même impeccable, jusqu’au la bémol aigu. La bémol, la naturel : c’est ce qu’on appelle sa « note de passage » et les la, les si et le contre-ut de la partition sont crispés et métalliques. Ce n’est pas très agréable pour l’auditeur puisque, comme c’est immanquable et prévisible, on souffre par anticipation.

Une présentation avec beaucoup d’élan donc, une belle prestation d’un orchestre fourni, et la satisfaction de voir un choeur répondre avec enthousiasme au nouveau chef et d’entendre un aussi beau pianoforte. Mais on n’a rien appris, musicalement, dans ce bouillonnement d’idées disparates.

Jonathan Cohen et La création de Haydn

Anna Lucia Richter (soprano), Allan Clayton (ténor), Thomas E Bauer (baryton). La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, Jonathan Cohen. Maison symphonique de Montréal, dimanche 3 mars 2019.