Faux-semblants, illusions et rédemption

Le pianiste Rafal Blechacz
Photo: Marco Borggreve Le pianiste Rafal Blechacz

L’OSM associe cette semaine Mozart et Claude Vivier dans le cadre de la préparation de sa tournée européenne de mi-mars. Mal équilibré, trop long et plombé par une très étrange allocution de Kent Nagano introductive à Siddartha de Vivier, ce concert laisse une impression plus que mitigée.

Lorsque Siddhartha (1976), la grande oeuvre symphonique de Claude Vivier, a débuté, il était 20 h 57. Nous n’avions eu auparavant qu’une Sérénade K. 388 de Mozart, très bien préparée par huit vents de l’OSM seuls en scène et un interminable discours du chef d’orchestre.

Qu’a voulu faire Kent Nagano en parlant si longuement ? Attirer notre attention sur le fait que c’est une oeuvre importante ? C’est louable. Kent Nagano a d’ailleurs le mérite de faire rentrer au répertoire de l’orchestre Siddhartha 43 ans après sa composition. Le délai peut s’expliquer parce que l’oeuvre est très complexe, influencée notamment par Messiaen et Gilles Tremblay.

Mais tenter de détailler un programme fantasmé de Siddhartha comme s’il s’agissait d’un poème symphonique de Richard Strauss en imaginant que 20 minutes plus tard le public va repérer quelque chose (rencontre avec Buddha, traversée de la rivière…) est illusoire et contreproductif, d’autant que Siddhartha de Vivier, c’est tout autre chose que de la narration immédiatement lisible ou perceptible.

Comme le résume le compositeur Jean Lesage dans son étude de Siddhartha : « l’oeuvre de Vivier transpose librement dans le domaine du sonore la trame narrative de cette allégorie initiatique ». Faire entrer l’orchestre et donner quelques exemples sonores de la mélodie principale et les six échelles de sons pour imprégner des repères sonores chez les auditeurs eut été pragmatique, fidèle à l’esprit profond de l’oeuvre et nettement plus concis.

Musicalement, nous avons été déçu par le premier accord, pas assez violent. C’est de la diffraction de cet éclat, justement, que tout part : il contient tout en germe et donne le ton. Chef et musiciens se sont donnés cependant beaucoup de mal pour mener à bien et rendre lisible cette partition tortueuse et complexe. Ironiquement, la faculté de concentration pour bien l’apprécier avait été largement anéantie par la longue attente avant de l’entendre enfin.

Mozart, finalement

Contrairement à ce que l’annonceur maison a prétendu en début de soirée, ce n’est pas « ce concert » qui sera donné en Europe, notamment à Vienne, mais uniquement le 23e Concerto de Mozart. La nuance est d’importance pour éviter les faux-semblants : l’Orchestre symphonique de Montréal, contrairement à d’autres institutions, part nous représenter en Europe sans proposer dans ses divers programmes la moindre oeuvre canadienne ou québécoise.

C’est après la pause seulement que nous avions droit à de la musique en rapport avec le titre, « Mozart selon Kent Nagano ». Une ouverture de La flûte enchantée historiquement bien informée avec de beaux cuivres et le 23e Concerto. Au début de chacune de ces oeuvres, les vents (bois dans l’ouverture et cors dans le concerto), si à l’aise dans la Sérénade, ont connu quelques petits pépins sans gravité.

On s’étonne un peu de voir le soliste Rafal Blechacz porté au rang de soliste de tournée de l’OSM tant la dernière soirée avec lui à Montréal, en mai 2017, où il semblait quasiment perdu dans le Concerto « Empereur » de Beethoven avait été gênante, voire désastreuse. Offrir, subséquemment à une si fâcheuse expérience, l’insigne honneur de représenter Montréal en tournée est-il bien raisonnable ?

S’agissant du concert de 2019, l’acte de rédemption de Rafal Blechacz a été total. Son Mozart est sans comparaison avec son Beethoven immature et bâclé de 2017. C’est une interprétation fine, en demi-teinte, très déliée et égale, jamais surchargée (la tension du 2e mouvement en fa dièse mineur) ni heurtée, juste un peu hâtive dans le Finale.

En termes de finition, l’orchestre se hissera à sa hauteur en tournée, ce qui n’était pas encore le cas mercredi.

Mozart selon Kent Nagano

Mozart : Sérénade n° 12 K. 388/384a. Vivier : Siddhartha. Mozart : Ouverture de La flûte enchantée. Concerto pour piano no 23, K. 488. Rafal Blechacz (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal, mercredi 27 février. Reprise ce soir.