Karnival: dans le gras de la nuit

Une soirée Karnival, c’est le plus gros party de l’année de Poirier (photo dans le texte), compositeur et DJ à la tête d’une des soirées de métissages musicaux les plus courues en ville.
Photo: Philippe Sawicki Une soirée Karnival, c’est le plus gros party de l’année de Poirier (photo dans le texte), compositeur et DJ à la tête d’une des soirées de métissages musicaux les plus courues en ville.

C’est devenu une tradition montréalaise : la Nuit blanche, bien sûr, 15e du nom, mais surtout la soirée Karnival animée au Club Soda par Poirier. « Dans ma tête, c’est comme mon gros party de l’année, mon réveillon du jour de l’An. » Hasard du calendrier, cette nouvelle édition tombe pile-poil durant la « semaine grasse », quatre jours avant le Mardi gras ; comptez sur le compositeur et DJ pour farcir sa sélection des plus fraîches meringues carnavalesques haïtiennes, des plus percutantes road marchs trinidadiennes et de quelques nouveautés de son cru.

« C’est mon plaisir, de regarder la réaction des gens, leurs mouvements, leurs sourires, lorsque je glisse une inédite », raconte Poirier, quelques jours avant de présenter son dixième Karnival. Des inédites, le coquin en a plein son sac : une inédite avec Boogat, une autre avec le MC Imposs (Muzion), une autre avec le collaborateur new-yorkais Red Foxx et la bombe Sim Bombei, une collaboration avec Samito sur le mode afrobeat que le compositeur explore passionnément depuis quelques années. Poirier compte la lancer officiellement dans un mois, avant d’aller donner quelques concerts en Afrique. « J’ai une chanson en portugais avec Samito ; il faut que je la lance avant de jouer au Cap-Vert ! »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Poirier

Une décennie de Karnival, l’occasion de mesurer le chemin parcouru par les rythmes de boîtes de nuit d’Afrique et des Antilles. Il y a dix ans, Poirier mordait encore à pleines dents dans le dancehall jamaïcain, avec une touche de soca trinidadien ; il faisait alors paraître les Eps Soca Sound System et Run the Riddim, contenant certains de ses plus puissants succès.

Aujourd’hui, non seulement le compositeur et DJ est à la tête d’une des soirées de métissages musicaux les plus courues en ville — Qualité de Luxe, au Ausgang Plaza depuis cinq ans, avec les complices Mr. Touréet Kyou —, mais son rêve d’une scène électronique multiculturelle s’est concrétisé avec la multiplication des DJ locaux spécialisés dans les afrobeats et autres grooves exotiques en pleine ascension ici, en Amérique du Nord et en Europe.

« Ici, les gens sont ouverts [à ces musiques d’ailleurs] ; après, il faut avoir une proposition solide, car ce n’est pas parce que les gens sont ouverts qu’il y aura nécessairement une étincelle sur le plancher de danse. Ce qui est vraiment intéressant, par contre, c’est que je sens qu’il y a maintenant un espace ici pour développer [ces musiques], et c’est précieux d’avoir ça. »

« Ensuite, ce qui est majeur, c’est que [ces musiques afrobeats, antillaises, afro-latines de boîtes de nuit] ne sont pas faites pour plaire aux Occidentaux, insiste Poirier. Elles sont faites par eux, pour eux, pour leur auditoire. Bien sûr, certaines chansons connaîtront un succès populaire, mais généralement, ces musiques sont fabriquées par des compositeurs et des DJ d’Afrique, des Antilles, etc., et ce rapport, cet enracinement, est très important. C’est aussi ce qui me permet, à moi, de jouer des musiques d’ailleurs et de faire plaisir aussi aux danseurs issus des diasporas. »

Ils seront au rendez-vous samedi soir pour son Karnival, faisant la file devant le Club Soda avant l’ouverture des portes, un peu avant minuit : « La Nuit blanche, en soi, est un événement grand public, estime Poirier. Il y a plein de gens dans la rue, surtout au centre-ville, et le Club Soda y est en plein coeur. Karnival attire les danseurs réguliers qui m’ont souvent vu jouer, mais aussi un tout autre auditoire qui vient goûter à l’ambiance pour la première fois », avec la puissance de l’équipement sonore, les éclairages abondants, la participation de la spectaculaire troupe de danse afro urbaine Uplift Official ainsi que des invités-surprises au microphone. « Karnival, c’est un événement initiateur : il y a plein de gens qui ont découvert mon travail et ces musiques grâce à la Nuit blanche. »

Poirier se produira également lors de sa soirée mensuelle Le Maquis (avec Mr. Touré) le 8 mars au Groove Nation de la rue Rachel, le 16 mars au Datcha, rue Laurier, puis le 22 mars à la Maison 2109 (rue De Bleury) avec le compositeur et DJ de Port-au-Prince Gardy Girault.

Laylit bokra, pour une Nuit blanche au goût du Maghreb

Fondées récemment par le DJ new-yorkais SAPHE et le duo montréalais (via Beyrouth) Wake Island, les soirées LayLit Party s’amènent pour la première fois en ville, après avoir animé les boîtes de nuit de Brooklyn.

Au programme : le meilleur du funk, de la pop dansante et du disco arabe des années 1970 à aujourd’hui, avec des performances live de deux artistes émergents, l’auteur-compositeur-interprète synth-pop d’origine marocaine Mehdi Bahrad et la poétesse-compositrice montréalaise HODA.

La soirée, gratuite, se déroule au restaurant Salon Mogador (310, rue Beaubien Est), qui préparera un menu spécial pour pouvoir grignoter tout en dansant jusqu’à 3 h.