L’OSM rassure, un peu

Un concert de l'OSM, dirigé par Kent Nagano, avec la contralto Marie-Nicole Lemieux
Photo: Antoine Saito Un concert de l'OSM, dirigé par Kent Nagano, avec la contralto Marie-Nicole Lemieux

L’Orchestre symphonique de Montréal rodait dimanche le premier des programmes de sa prochaine tournée européenne qui aura lieu en mars. Celui-ci sera présenté à Paris et à Bruxelles, et l’OSM a remercié pour son soutien Power Corporation.

La contralto Marie-Nicole Lemieux, véritable icône en France, est assurément un atout majeur pour séduire le public français. Il en faudra un peu plus que ce que nous avons entendu dimanche pour l’impressionner, notamment dans Debussy. Il n’est pas évident de commencer un concert par Jeux, dont les alchimies sonores initiales sont cruciales. Dimanche, le climat n’y était pas, notamment dans l’intervention initiale des flûtes. Nous espérons que la fièvre de la tournée va donner du rebond, un caractère libre et ludique et enlever de la rigidité à l’interprétation de ce poème dansé de Debussy, ardu pour les orchestres, les chefs et les auditeurs. La pertinence de sa juxtaposition avec Le sacre du printemps est réelle, les deux œuvres ayant été composées à un an d’intervalle.

Un rebond, heureusement

S’agissant du Sacre du printemps dont nous avions eu une interprétation quasi calamiteuse en ouverture de saison, l’orchestre et le chef nous ont nettement rassurés. Le discours était mieux cadré, avec des interventions instrumentales solides. Le moment le plus impressionnant reste, au début de la deuxième partie, le pianissimo des deux trompettes en sourdine suivie de celui des cors III, V et VII au lointain. Kent Nagano et ses musiciens creusent ici des nuances vraiment étonnantes. S’ajoutent à ces temps forts, l’introduction du basson, qui souffle peu mais joue très bien, les prestations des clarinettes et des timbaliers et les couleurs qui se font plus crues dans la dernière partie de l’œuvre. Cela suffira-t-il ?

Quant à Marie-Nicole Lemieux, sans surprise, elle a été le temps fort du concert (qui aurait largement mérité de s’intituler « Marie-Nicole Lemieux chante Wagner ») notamment avec, au sein des cinq Wesendonck-Lieder, le diptyque des troisième et quatrième, Im Treibhaus et Schmerzen. À la profonde désolation, quasi blafarde, de la fin de la troisième mélodie (« un bruissement anxieux emplit la pièce sombre ») succède un élan lumineux parfaitement adossé à une orchestration qui sollicite davantage le haut du spectre (flûtes et trompettes).

L’ouverture toujours croissante des aigus de la chanteuse, alliée au cuivre naturel de sa voix, fait de ces Lieder un terrain de choix pour la chanteuse québécoise qui a soigné sa prononciation allemande sans toutefois faire du rebond sur les consonnes, notamment dans le deuxième couplet de Stehe Still !, une obsession.

Le Sacre du printemps

Debussy : Jeux, poème dansé. Wagner ; Wesendonck-Lieder. Stravinski : Le sacre du printemps. Marie-Nicole Lemieux (contralto), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique, dimanche 24 février.