Une semaine de «Création» pour Jonathan Cohen

Jonathan Cohen en répétition avec Les Violons du Roy
Photo: Atwood Photographie Jonathan Cohen en répétition avec Les Violons du Roy

La semaine musicale qui vient à Québec et à Montréal est lourde de symboles dans l’histoire des Violons du Roy. Pour la première fois, l’orchestre va aborder le chef-d’oeuvre de Haydn, son oratorio La création, occasion de la première rencontre entre le directeur musical Jonathan Cohen et La Chapelle de Québec. Entrée en scène, aussi, du pianoforte récemment acquis par la Fondation des Violons du Roy.

« C’était le moment ! », résume Jonathan Cohen interrogé par Le Devoir. « J’ai découvert que Les Violons du Roy n’avaient jamais joué La création et je brûlais moi même de la diriger : c’était vraiment un projet appelé à se concrétiser. »

Les concerts auront lieu mercredi et jeudi au Palais Montcalm de Québec et dimanche à la Maison symphonique de Montréal. Alors que les oeuvres sacrées du répertoire classique quittent les églises pour gagner de plus en plus les salles de concert, la dernière tendance en date est de leur surajouter une mise en scène. « Je ne suis ni pour ni contre », statue Jonathan Cohen, qui observe tout de même : « Cette musique est théâtrale, mais dans un sens très musical. Il n’est donc pas nécessaire d’ajouter quelque chose. »

Les bassons parviennent à dessiner un astéroïde dans l’espace, pour peu qu’on ait de l’imagi­nation !

En le poussant en peu, on parvient à sortir le chef de sa réserve naturelle : « La musique n’est pas une bande sonore de quelque chose de visuel. Si nous en sommes rendus là, c’est que nous avons un meilleur travail à faire pour rendre la musique éloquente et éduquer le public afin qu’il utilise son imagination. »

Un grand mentor

Il est en effet facile d’utiliser son imagination dans La création de Haydn où, par exemple, la création de divers animaux est associée à des sons évocateurs. Le compositeur nous facilite la tâche. Jonathan Cohen, même s’il dirigera lui aussi l’oeuvre pour la première fois, a été à bonne école. « J’ai découvert La création lorsque j’étais assistant de William Christie aux Arts Florissants. Nous avions travaillé l’oeuvre ensemble dans le cadre d’un projet impliquant une tournée et un enregistrement pour Erato. » Ce que Jonathan Cohen a appris de William Christie, c’est « la vision théâtrale de la musique et le lien entre la musique et le texte, la manière de mettre en relief les couleurs de la partition. »

« Pas seulement dans cette oeuvre, mais partout en musique », précise-t-il. « Christie cherche à raconter des histoires avec des contrastes et des couleurs. Il cherche à voir comment le compositeur utilise son génie pour les raconter encore mieux. Dans La création de Haydn il n’y a que cela : c’est une grande histoire colorée agencée de manière évocatrice qui parle aux auditeurs. Il faut organiser un lever du soleil qui soit le plus glorieux des levers de soleil, car Haydn a ce talent : il fait cela naturellement mieux que tout le monde. C’est un peintre très respectueux de la nature et de ses miracles. Ce n’est donc pas un crémage que je rajoute ; tout est dans la musique. Le chaos est chaotique et les bassons parviennent à dessiner un astéroïde dans l’espace, pour peu qu’on ait de l’imagination ! »

Le chef découvrira aussi pour l’occasion les choristes choisis par son collègue et prédécesseur à la tête de l’orchestre, Bernard Labadie, le directeur musical du choeur, La Chapelle de Québec. « Ce sera une première, je ne les ai jamais entendus en concert », avoue Jonathan Cohen, qui fait pleinement confiance à Bernard Labadie, également, pour le nombre de choristes nécessaires dans les acoustiques de Québec et Montréal. « C’est le rapport choristes et orchestre qui est déterminant. J’ai donné Theodora de Händel au Royal Albert Hall une salle de 5500 places, lors des Proms de Londres, avec mon ensemble Arcangelo. Les oreilles s’ajustent au son comme les yeux s’ajustent à la lumière. Par contre, il faut que les proportions entre les chanteurs et les instrumentistes soient bonnes. »

Un nouvel instrument

Ce concert permettra d’entendre également pour la première fois le pianoforte acquis par la Fondation des Violons du Roy. Cette acquisition, initiative de Bernard Labadie et du président de la Fondation des Violons du Roy, Yves Demers, donne désormais accès, grâce à des donateurs, à un instrument aux couleurs identiques aux instruments de l’époque de Haydn et Mozart.

« J’utiliserai à la fois un clavecin et le pianoforte dans La création. Je jouerai les récitatifs accompagnés au clavecin, alors que le pianoforte assurera le continuo dans l’orchestre. Cette oeuvre s’inscrit en effet dans une période de transition pour les instruments à clavier, la fin du XVIIIe siècle, et le clavecin dans l’orchestre est à mes yeux un instrument souvent trop ponctuant pour une musique qui, à cette période, devient de plus en plus lyrique. » L’arrivée du nouveau pianoforte des Violons du Roy tombe donc à pic.

La création de Haydn a aussi été utilisée pour mettre en orbite les projets éducatifs des Violons du Roy. « Nous inviterons des enfants d’âge scolaire à notre répétition générale et avons travaillé en amont avec eux. L’occasion est trop belle de se poser des questions sur le monde et la musique ! »

La création

Oratorio de Haydn. Avec Anna Lucia Richter, Allan Clayton, Thomas E. Bauer, La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, Jonathan Cohen. Mercredi 27 février et jeudi 28 février à 20 h au Palais Montcalm de Québec et dimanche 3 mars à 19 h 30 à la Maison symphonique de Montréal.