L’assurance trouvée d’Emilie Kahn

Emilie Kahn, qui fêtait cette semaine ses 28 ans, trouve que cette récente période de sa vie l’a beaucoup fait grandir. Comme adulte, et comme créatrice aussi.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Emilie Kahn, qui fêtait cette semaine ses 28 ans, trouve que cette récente période de sa vie l’a beaucoup fait grandir. Comme adulte, et comme créatrice aussi.

Emilie Kahn ne veut pas exagérer la situation, mais l’aventure de son premier disque lancé sous le nom d’Emilie Ogden — Ogden, c’est le nom de sa harpe — n’a pas été un long fleuve tranquille. Sur fond de rupture, il y avait les doutes, les remises en question, certaines tournées difficiles. Plein de magnifiques moments aussi, mais une petite amertume flottait.

Revoilà la musicienne devant nous le cœur léger, tout de lilas vêtue, ragaillardie en quelque sorte. Qu’est-ce qui explique ce pivot ? « Juste vieillir ? Je ne sais pas. Je suis juste mieux avec moi-même maintenant qu’il y a trois ans. »

Kahn, qui fêtait cette semaine ses 28 ans, trouve que cette récente période de sa vie l’a beaucoup fait grandir. Comme adulte, et comme créatrice aussi. « Je pense que ça m’a pris ce temps-là pour trouver ma voix d’artiste, et je pense que c’est un peu pour ça que ça me faisait du bien de changer de nom d’artiste, de ne plus avoir un nom de scène », lance-t-elle.

Ogden la harpe est bien là sur ce nouveau disque intitulé Outro, mais le tout est signé Emilie Kahn. Assumée, quoi. « Et je me suis rendu compte que j’étais une songwriter qui joue de la harpe et pas nécessairement une harpiste. Et je ne sentais plus le besoin de mettre la harpe en avant du projet. »

L’intrigant instrument joue sur Outro un rôle différent, croit Kahn. « Sur les anciennes pièces, je sentais davantage le besoin de montrer toutes les choses que je pouvais faire à la harpe, et aussi de faire quelque chose de différent à chaque chanson. Et j’ai un peu replacé ça aussi, l’accent était plus sur la chanson en soi. »

Nouveau visage

Outro adopte aussi une approche sonore bien différente de celle de son prédécesseur, 10 000, plus folk-rock. Le nouveau Kahn est baigné de sonorités électroniques et de rythmiques synthétiques, et pourrait être quelquechose comme le cousin de la fesse gauche du dernier disque du duo Milk Bone.

Ces univers sont pourtant assez lointains de l’ADN musical du réalisateur d’Outro, le chanteur de Plants and Animals Warren Spicer. Le disque est d’abord né de sessions plutôt acoustiques harpe-guitare entre Kahn et Spicer.

Mais après une session où les deux ont joué le titre Island, Spicer s’est amusé en l’absence d’Emilie à ajouter du synthétiseur et des échantillons de batterie. « Et c’est cette toune-là qui a influencé le reste du processus. On a continué à jouer en acoustique, mais on a compris qu’on allait vers ça, explique la chanteuse. C’était beaucoup d’expérimentation pour lui, et moi j’avais plein de références, de trucs pop et R&B, je lui montrais tout le temps des sons. »

Le polyvalent musicien et réalisateur Philippe Brault, qui a entre autres travaillé avec Pierre Lapointe et Koriass, est aussi venu ajouter sa touche sur quelques pièces.

Assumer sa pop intérieure

Dans sa nouvelle approche tout assumée, Emilie Kahn explique aussi avoir embrassé son amour et son talent pour la composition de pièces plus accrocheuses. « Je me suis rendu compte que j’adore ça et que je ne veux plus avoir peur de ça, laisse filer Kahn en souriant. J’avais des aspirations basées sur mes idoles indies de jeunesse et je me voyais me créer à leur image, mettons. Et quand je travaillais des tounes et j’avais de la misère, j’essayais trop de faire des chansons cool, moody, et alternatives. »

Outro est donc plus pop, mais pas vraiment plus « commercial », si l’on peut dire. Les refrains sont forts et les pièces misent sur un je-ne-sais-quoi qui fait office de velcro pour les oreilles.

Amour et tristesse

Reste le fond, les mots, où Kahn révèle aussi son évolution émotive. Il y a à la base une rupture douloureuse, du genre qui fait mal comme si l’amour ne reviendrait jamais, mais le regard de l’auteure-compositrice-interprète se modifie au fil des titres.

« Quand tu es jeune, tu vis des émotions très fortes, et être amoureux, c’est l’affaire la plus importante au monde, et ça te consume complètement, explique Emilie Kahn. Et je pense que durant la période où je travaillais sur cet album-là, je suis sortie de ça dans ma vie, c’est un peu tout le voyage de l’album, du début à la fin. »

Sur la dernière pièce, Seeking, la musicienne jette en quelque sorte un regard en arrière avec une lettre d’excuse à l’ancienne flamme. « Mais c’est aussi une nostalgie pour cette époque-là en même temps, de vouloir revivre ces émotions-là. »

C’est triste de n’être plus triste sans vous, comme disait l’autre.

De l’eau

Sur ce deuxième disque d’Emilie Kahn, il y a de l’eau un peu partout. De la première pièce Swimmer jusqu’à celle intitulée Aquarium, en passant par l’eau salée des larmes et l’image de l’île, entourée d’eau. « Au départ, j’avais même une idée de pochette en dessous de l’eau, mais ça n’a pas abouti, raconte Kahn. Mais oui, il y a beaucoup de références à l’eau, mais c’était un peu arrivé comme ça. C’est peut-être mon instinct de Poissons, même si je ne suis pas vraiment dans l’astrologie ! » Blague à part, la jeune femme raconte avoir fait plusieurs années de compétitions de natation à l’adolescence. « J’avais en tête que j’irais aux Olympiques. J’ai arrêté ça et j’ai commencé un band. »

Outro

Emilie Kahn, Secret City Records