Llŷr Williams, un secret trop bien gardé

Le talent impressionnant du pianiste en matière de création de couleurs et d’atmosphères transparaît d’emblée.
Photo: BG EALOVEGA Le talent impressionnant du pianiste en matière de création de couleurs et d’atmosphères transparaît d’emblée.

À la salle Bourgie, mercredi soir, Christian Blackshaw a joué Ravel, Fauré, Wagner et Liszt. Ah ? Christian Blackshaw ne joue pas Ravel, Fauré, Wagner et Liszt et son récital n’est que dans un mois ? Mais alors qui ? Qui, avec cette éthique sonore, avec cette imagination et cette capacité de faire naître des mondes qui laissent pantois ?

Cette apparition est un Gallois de 43 ans et il s’appelle Llŷr Williams. Un petit indice nous avait tout de même mis la puce à l’oreille : le Wigmore Hall, l’antre du piano à Londres, qui a repéré Blackshaw et lui a proposé de jouer et d’enregistrer les Sonates pour piano de Mozart, a offert à Llŷr Williams une intégrale des Sonates de Beethoven, disques à la clé (ils sont parus chez Signum).

Pour un organisateur de concerts tel que la Fondation Arte Musica, il y a des déceptions de box-office qui sont des victoires morales. Avoir révélé un tel artiste à Montréal en est une. Le talent impressionnant de Llŷr Williams en matière de création de couleurs et d’atmosphères transparaît d’emblée, mais atteint un degré de magie dans La vallée des cloches de Ravel. Ces précieuses cinq minutes valent à elles seules des ribambelles de concerts entiers. N’importe lequel des trois Fauré surpasse ce que nous avons entendu lors de la semaine Fauré de Louis Lortie.

La partie Liszt et Wagner ajoute une densité et une grande concentration du son et des moyens dans la sonate de Wagner, ainsi qu’un admirable sens de la narration et de la poésie, notamment dans un brûlant O du mein holder Abendstern de Tannhäuser.

Llŷr Williams a ajouté en rappel la transcription lisztienne qui manquait au déroulement régulier du programme : la Mort d’Isolde. Là aussi, aucun effet de manche et un chant éperdu avec un contrôle sonore digne des plus grands.

Voilà un artiste que l’on espère revoir. Cette fois, tout le monde aura été prévenu !

Récital Llŷr Williams (piano)

Ravel : Jeux d’eau, Noctuelles, La vallée des cloches. Fauré : Barcarolle no 4, Nocturne no 1, Impromptu no 3. Wagner/Liszt : Choeur des fileuses du Vaisseau fantôme, Fantaisie sur trois thèmes de Rienzi. Wagner : Sonate pour l’album de Mathilde Wesendonck. Wagner/Liszt : Romance à l’étoile de Tannhäuser. Liszt : Harmonies du soir et Appassionata, extraits des Études d’exécution transcendante. Rappel : Liebestod de Tristan et Isolde. Salle Bourgie, mercredi 20 février 2019.