Dead Obies va droit au but avec «DEAD.»

Dead Obies a survécu au départ de Jean-François Ruel.
Photo: JF Sauvé/Dead Obies Dead Obies a survécu au départ de Jean-François Ruel.

Quatre majuscules suivies d’un point : DEAD. « Il n’y a jamais eu un meilleur moment pour lancer un album homonyme », affirme 20some. Joe Rocca estime que le titre de ce troisième album des Dead Obies se passe d’explications. Ogee Rodman suggère plutôt que la pochette du disque qu’ils tenaient pour la première fois entre leurs mains est plus limpide encore, « une illustration florissante, comme si après la mort, quelque chose d’autre repousse. Tu penses que c’est fini, mais tellement pas… »

Lorsque Jean-François Ruel (Yes McCan) a annoncé son départ du collectif fondé en 2011 pour poursuivre en solo sa carrière de rappeur et consacrer plus d’énergie à celle d’acteur, d’aucuns ont craint la désintégration des Obies. Pas Rocca, ni 20, ni Ogee et leurs deux compères absents au moment de cette conversation, Snail Kid et le compositeur/réalisateur/DJ VNCE — ni plusieurs milliers de leurs fans qui, aux dernières Francos montréalaises, avaient envahi la place des Festivals pour ce grand concert gratuit, le premier sans McCan.

Néanmoins, les trois membres réunis dans cette salle de conférence de leur maison de disque reconnaissent que le départ de Ruel a provoqué une remise en question. « Durant la dernière année, on a fait beaucoup de cheminement, explique 20some. Quelqu’un partait, il nous a fallu nous recentrer. On a fait un examen de conscience : qu’est-ce que c’est, Dead Obies ? Où en sommes-nous, qui sommes-nous, qu’avons-nous envie de faire ? Je pense que [toutes ces questions sont] à la base [du nouvel album], non seulement dans les thèmes abordés, mais aussi dans la manière avec laquelle on a approché chacune des tracks. » Le dénominateur commun des onze nouvelles chansons de l’album DEAD. serait ainsi « l’honnêteté et la franchise » qui a émergé de leur examen.

Ça, et un remarquable sens de la concision, aussi. C’est la première chose qui frappe en découvrant le nouveau matériel du (désormais) quintette : l’envie d’aller droit au but. Avec des chansons plus brèves, des textes moins triturés, des mélodies nettement plus pop, presque aussi pop que celles qu’on découvrait sur l’étonnant microalbum Air Max que le groupe avait offert au printemps 2017, un an après avoir balancé l’audacieux et complexe Gesamtkunstwerk.

Moins progressif et champ gauche que ce précédent, le troisième album de Dead Obies n’est pas moins diversifié, écartelé entre le refrain pop et la rythmique bondissante du premier extrait Run Away et le raclage de basses fréquences de la corrosive André. Et entre ces deux extrêmes, quelques envolées trap bien teigneuses, Royautés, F1 et 24.

« Air Max, c’était nos premiers pas dans la pop », abonde 20some, le plus bavard des trois membres, interrompu par Joe Rocca : « Mais un des aspects négatifs de ce EP, c’est que toutes les chansons étaient de la même couleur. On s’est rendu compte que les Dead représentent aussi la diversité. On ne veut pas se contenter d’explorer un seul style, on veut représenter toute la complexité de cette musique, et c’est ce qu’on a fait avec ce nouvel album. Oui, il y a des côtés plus pop, mais aussi les André et Royauté pour contrebalancer. »

Le modus operandi, durant les sessions de création — ils appellent ça « les chalets », cinq ou six furent nécessaires, générant plus d’une soixantaine de chansons —, était d’aller à fond sur chacune des plages instrumentales soumises au groupe par VNCE. « On était dans ce mode-là : on fait plein de tracks, on y va à fond dans chacune d’elles — pop comme sur Doo Wop avec Ogee qui claque le refrain, ça marche, le genre de truc qu’on veut écouter dans un party. Mais quand c’est le temps de creuser avec des chansons plus sérieuses comme André ou C’est bon, on y va à fond aussi. »

« Avec DEAD., on a appris à synthétiser notre travail pour que le message passe mieux. Miser sur la qualité plutôt que la quantité. Auparavant, on faisait des trucs hyperdenses et chargés ; ça nous permettait de dire beaucoup de choses, ça délimitait un large périmètre. Maintenant, il me semble qu’on rapetisse le périmètre, mais on vise plus juste avec ce qu’on veut dire. C’est le métier qui rentre. »

Et l’avantage de perdre un membre, relève Joe : un rappeur de moins permet des chansons plus courtes. « Dans le fond, le départ de J-F n’a pas nécessairement réorienté le projet, mais l’a fait débloquer. Organiser un rendez-vous à six membres, c’est dur. Sa décision a simplifié notre logistique. »

Dead Obies commencera sa tournée québécoise d’une vingtaine de dates le 28 février à Chicoutimi, fera escale à Québec le 1er mars et à Montréal le 26 avril. DEAD. paraît officiellement vendredi.