«Montreal Memories»: le jazz de chambre selon Morgan et Cables

De George Cables, on retiendra avant tout qu’il est la définition présente du «piano classique» dans le jazz. En d’autres mots, il est l’héritier de Tommy Flanagan et de Hank Jones.
Photo: Alain Nahigan De George Cables, on retiendra avant tout qu’il est la définition présente du «piano classique» dans le jazz. En d’autres mots, il est l’héritier de Tommy Flanagan et de Hank Jones.

Le 1er juillet 1989 au théâtre Port-Royal, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal pour être encore plus précis, le saxophoniste alto Frank Morgan et le pianiste George Cables occupaient la scène. Leur prestation fut enregistrée. Et voilà qu’une trentaine d’années plus tard, les agitateurs de l’excellente étiquette new-yorkaise High Note ont décidé de restaurer les bandes conservées et de les publier. Le titre ? Montreal Memories.

En fait de souvenirs, on devrait parler d’exercices de style déclinés ce soir-là afin de mettre en relief les grandes heures du be-bop tel que conçu par Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Thelonious Monk. Le programme détaillé est d’ailleurs éloquent : Now’s the Time, Confirmation, ‘Round Midnight, A Night in Tunisia, plus des compositions originales de Cables.

Cela étant, il faut s’arrêter et souligner une… obsession ! C’est bien simple, du milieu des années 1950 à celui des années 1980, Morgan, qui fut le protégé de Parker, a passé en bonne partie son temps derrière les barreaux pour cause de consommation d’héroïne. À la prison de San Quentin, il devait croiser le chemin du saxophoniste Art Pepper. Dans divers entretiens, Morgan et Pepper ont confié qu’« en dedans », ils devinrent obsédés par le calme, la douceur et le disque bien nommé Ballads de John Coltrane. L’un comme l’autre rêvaient de jouer à deux, et seulement à deux.

Chronologiquement, Pepper fut le premier à signer un album en duo, avec… George Cables ! De ce dernier, on retiendra avant tout qu’il est la définition présente du « piano classique » dans le jazz. En d’autres mots, il est l’héritier de Tommy Flanagan et de Hank Jones. Cela rappelé, ajoutons que Morgan et Cables avaient enregistré quatre duos trois jours seulement avant leur spectacle à Montréal, parus sur l’album Mood Indigo. Autrement dit, ils étaient fin prêts pour Montréal.

Ce soir-là, ce 1er juillet, nos deux artistes ont livré une définition de l’élégance musicale. Seul hic : les producteurs de ce Montreal Memories assurent avoir restauré les bandes. Et alors ? On a beau être la personnification de la nullité technologique, il ne nous a pas échappé qu’ici et là il y a présence de trémolos. Bref, de l’eau dans le gaz du son.

Ces souvenirs montréalais mis à part, on tient mordicus à vous suggérer dix fois plutôt qu’une de lancer une OPA au plus vite sur Sound of Redemption, qui devrait faire le bonheur des amateurs de jazz, mais aussi des amateurs de romans policiers et de documentaires. Car Sound of Redemption est cela. Quoi ? Un docu.

Voici de quoi il s’agit. L’écrivain Michael Connelly, le « géniteur » du détective Harry Bosch, est un fou de jazz. Tous ceux qui ont lu ses romans savent qu’il aime particulièrement Pepper et… Morgan. Et alors ? Il y a quelques années de cela, Connelly a décidé de produire, avec le soutien de son éditeur français Robert Pépin, un « docu » consacré à Morgan. Sorti en 2016, ce film est admirable.

P.-S. Les aléas de la distribution étant ce qu’ils sont, on a commandé ce CD chez Amazon et non directement chez High Note. La raison en est toute simple : l’expérience nous a appris que, pour ce qui est du service, cette étiquette est… comment dire ? Dans les « vaps ».

À signaler

Dans le cadre du 70e anniversaire de l’étiquette Prestige, Craft Recordings, une filiale du groupe Concord, va mettre en marché un coffret de cinq disques proposant toutes les pièces que John Coltrane enregistra pour cette étiquette en 1958. La date de sortie ? Le 29 mars.