La fin du monde selon Personne

Jonathan Personne, alias Jonathan Robert, guitariste et parolier du groupe rock Corridor, émerge comme artiste solo.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Jonathan Personne, alias Jonathan Robert, guitariste et parolier du groupe rock Corridor, émerge comme artiste solo.

Jonathan Personne, alias Jonathan Robert, guitariste et parolier du groupe rock Corridor, émerge comme artiste solo, lui qui n’a pas l’habitude d’occuper le devant de la scène. C’est peut-être en partie pour cela qu’Histoire naturelle, son premier album, se coiffe d’une aura mystique élusive.

« Au départ, je pensais sortir ça de façon un peu low profile, ces chansons-là, confie Jonathan Robert, à la table d’un café du quartier Marconi-Alexandra, tout près de son local de répétition. Mais je me rends compte petit à petit que, quand tu es dans un band un peu connu, ça engendre plus d’attention. »

D’un naturel réservé, donc, le musicien. Soit, il faut se prêter au jeu de l’entrevue tout de même, accepter d’être la tête d’affiche lorsqu’on se lance en solo. « D’habitude, je laisse ça à Dominic [Berthiaume, chanteur de Corridor], de prendre la parole, quand on a des entrevues. Là, il y a juste moi… Mais ça s’en vient, ma langue se délie peu à peu. »

Il y a peut-être aussi que le processus d’Histoire naturelle a été amorcé il y a environ quatre ans, alors que l’amoureuse de Robert lui avait offert une enregistreuse cassette Tascam 8-pistes. L’expérimentation s’en est suivie et, au fil du temps, l’artiste a glané une belle petite collection de chansons, parfaite pour un album. « C’est un peu un poids qui s’enlève de mes épaules, de le sortir cet album-là. C’est quelque chose que je porte depuis quatre ans, pis c’est pas toujours évident d’être le seul leader. Mais je crois que ç’a vraiment été bénéfique pour ma façon de travailler. Autant pour mon stock solo qu’avec le groupe. »

Les onze pièces, coréalisées par Guillaume Chiasson de Ponctuation et Jésuslesfilles (« il a fait tout un bricolage avec les cassettes que j’avais enregistrées ! »), sont dominées par un doux bruit blanc de guitares entrelacées, une voix pleine de « fuzz » et des ambiances organiques. L’artiste explore des chemins sinueux faits de post-rock instrumental (Clovas), de ritournelles de cœurs brisés de l’âge Harmonium — jusque dans la fibre très épique, presque médiévale, qui animait l’époque (Larry) — et de jangle pop attendrissante et naïve. Le chant, se parant d’un trémolo flottant, s’absente de quelques pièces, alors que les expérimentations bruitistes prennent la place.

« J’aime pas utiliser des qualificatifs gros comme “mélancolique” ou “triste”, avance Jonathan Personne. Tout comme j’aime pas trop faire de la musique qui imite une époque, ou qu’on pourrait associer directement avec la décennie 50, 60, 70 ou 80, par exemple. C’est sûr qu’il y a une espèce de nostalgie là-dedans. Mais c’est un truc un peu dur à décrire. »

Aura mystique

Ce refus de se catégoriser confère à l’œuvre une part de magie indicible. Jusque dans le visuel de la pochette — œuvre de l’artiste lui-même —, on sent le jeune homme désireux de rendre un mysticisme, un enchantement hors du temps. « Je suis content que tu dises que ça a une certaine aura. Je crois que c’est ça le but, un peu. »

Marqué par la lenteur, ce premier opus met aussi en avant une certaine vision du pathétique : réflexion sur les cycles, l’apocalypse et la fin du monde, Histoire naturelle est un disque qui encourage au recueillement. L’album aborde d’ailleurs un propos dystopique. « Histoire naturelle, c’est d’imaginer notre époque dans le futur, comment on va se la remémorer, explique le musicien. Dans un musée, quels éléments du présent seront conservés ? Est-ce qu’on nous verrait avec notre téléphone dans la main, pas trop loin d’un homme de Néandertal, disons ? C’est une idée de se demander ce qui va rester de tout ça. » Et en filigrane, il concède que la réponse à cette question est peu glorieuse. « On passera peut-être pas mal pour des épais. »

Mais si la fin des temps est à nos portes (tous les signaux le disent), comment vivrons-nous après la chute ? « C’est aussi une critique du fait qu’on n’a plus aucun skill. Si les épiceries n’existent plus, on peut pas se nourrir. Il y a une chanson qui s’appelle Larry sur l’album. C’est le nom de mon grand-père. Quand j’étais petit, il m’emmenait chez lui en Abitibi, pis on passait la fin de semaine à pêcher pis à chasser. Il me montrait ses trucs pour vivre dans la forêt. J’ose pas imaginer ce que feront ceux qui ont pas reçu cette petite base d’éducation là quand il faudra se débrouiller. »

Jonathan lancera Histoire naturelle le 16 février à l’Escogriffe.