Le compositeur français Michel Legrand est mort

Michel Legrand en 2014
Photo: Laurent Cipriani Associated Press Michel Legrand en 2014

« Compositeur de génie », « géant de la musique » : le Français Michel Legrand, trois fois oscarisé et célèbre créateur des thèmes des films Les parapluies de Cherbourg et Les demoiselles de Rochefort, est décédé dans la nuit à Paris, à l’âge de 86 ans.

Celui dont la carrière de plus de 50 ans lui a valu une renommée internationale « s’est éteint chez lui à 3 h du matin aux côtés de son épouse, la comédienne Macha Méril », a indiqué son attaché de presse à l’AFP.

Musicien touche-à-tout, il a travaillé avec les plus grands, de Ray Charles à Orson Welles, en passant par Jean Cocteau, Frank Sinatra, Charles Trenet et Édith Piaf.

En plus de trois Oscar, il a empoché cinq Grammys et composé pour des orchestres, pour le jazz ou encore le cinéma grâce à une énergie intarissable.

« Je pouvais passer trois nuits d’affilée à écrire, sans aucune difficulté », disait-il dans son autobiographie en 2013.

« Musicien-magicien »

Dans un communiqué, Emmanuel Macron a salué samedi la mémoire d’un « inépuisable génie ». « Ses airs inimitables qui nous trottent dans la tête et se fredonnent dans la rue sont devenus comme les bandes originales de nos vies », a estimé le président français.

Les réactions se sont multipliées depuis l’annonce du décès, en particulier dans le monde de la culture.

Le ministre de la Culture, Franck Riester, a salué un « compositeur de génie » à l’« inépuisable talent » et Jack Lang, l’un de ses prédécesseurs, a salué un « musicien-magicien aux mille et une partitions » qui « restera éternellement un Grand ».

Touchée « en plein coeur », Agnès Varda a salué « l’aventure artistique unique » partagée entre le compositeur et son mari, Jacques Demy, pour qui il a composé la musique inoubliable des Parapluies de Cherbourg (1964) et des Demoiselles de Rochefort (1967).

D’abord accompagnateur et arrangeur pour des chanteurs, Michel Legrand avait commencé à composer des musiques de films dans les années 1960 avec l’émergence de la Nouvelle vague, travaillant pour Agnès Varda, Jean-Luc Godard, et surtout son complice préféré, le cinéaste français Jacques Demy.

Avec ces « plus belles partitions du cinéma français », c’est « la comédie musicale à la française qui est née », a rappelé Frédérique Bredin, présidente du Centre national du cinéma (CNC).

Outre les musiques des films Les parapluies de Cherbourg et Les demoiselles de Rochefort, on lui doit aussi celle de Peau d’âne, également un chef-d’oeuvre de Demy.

« Ses notes ont inventé, pour toujours, un véritable langage musical aux côtés des images », ajoute le CNC dans un communiqué.

« Immortel »

Le compositeur devait donner deux concerts au Grand Rex, à Paris, en avril, en compagnie de ses « amis », l’accordéoniste Richard Galliano, la soprano Natalie Dessay, le compositeur Michel Portal et le guitariste Sylvain Luc.

« Pour moi, il est immortel, de par sa musique et sa personnalité », a réagi auprès de l’AFP le compositeur et chef d’orchestre français Vladimir Cosma.

En pleine gloire, il avait décidé de s’installer aux États-Unis en 1966. « C’est un vrai risque de quitter la France, en débarquant à Hollywood sans véritable engagement », écrivait-il dans son autobiographie, qualifiant ce pas de « partie de roulette russe ».

Confronté au « système hollywoodien », il se souvient : « On me demande : “Avec quel orchestrateur voulez-vous travailler ?” Quand je réponds que j’orchestre moi-même, on me regarde comme si je débarquais d’une autre galaxie. »

C’est Henry Mancini, grand compositeur pour le cinéma, qui lui ouvre les portes d’Hollywood et lui donne l'occasion d’écrire la musique de L’affaire Thomas Crown.

Un pari gagnant : Michel Legrand avait obtenu trois Oscar, pour la chanson Les moulins de mon coeur, tirée de la musique de L’affaire Thomas Crown en 1969, puis pour Un été 42 (1972) et Yentl (1984).

« Comme certains dieux hindous, Michel est un être multiforme. On a l’impression qu’aucune discipline musicale ne lui résiste », écrivait le compositeur Stéphane Lerouge en avant-propos de l’autobiographie de Legrand.

« Le jour où l’on fera le point sur son apport à la musique, ajoutait-il, on découvrira un créateur que la France a peut-être sous-estimé. »