Les vies musicales rêvées de Josh Rager

Josh Rager se distingue par une manière de jouer du piano. Son jeu est solide. Saccadé dans le sens noble du terme.
Photo: Evan Shay Josh Rager se distingue par une manière de jouer du piano. Son jeu est solide. Saccadé dans le sens noble du terme.

Il y a eu d’abord un étonnement : il faisait un froid glacial, mais le Upstairs était plein. Plein à craquer, comme on dit en langue franque. Pour qui, pour quoi ? Pour y entendre Josh Rager, pianiste, compositeur et prof à l’Université Concordia. Puis, il y en a eu un deuxième, étonnement : ce soir-là était soir de première pour son nouvel album paru à la fin de 2018, comme on dit en langue populaire. Mais, à moins que cela ne nous ait échappé, il ne l’a pas souligné.

L’album s’intitule Dreams and Other Stories, publié par Josh Rager. Tout simplement. Pour mener à bien cette nouvelle aventure musicale, notre pianiste a fait appel aux saxophonistes Kenji Omae au ténor et Donny Kennedy à l’alto, au contrebassiste Fraser Hollins et au batteur Dave Laing. De ces deux derniers, on ne dira jamais assez qu’ils sont des gages de qualité. À la lecture des notes, il y a eu un troisième étonnement : le tout a été enregistré en une séance et une seule, en juin dernier.

Cette histoire de « rêves et autres histoires » se divise en sept pièces. Il y a un standard, Spring Is Here de Rodgers et Hart, et une pièce écrite par le regretté compositeur, organiste et pianiste français Olivier Messiaen, mais arrangée par Rager. À ces deux morceaux-là, cinq compositions originales ont été greffées. Et c’est là, dans ces cinq morceaux, qu’on a fait une découverte ! Bon. Pas une découverte d’une importance égale à celle de Livingstone, mais quand même…

En un mot comme en mille, voici de quoi il s’agit : avec cet album, Rager se pose en héritier direct de Tadd Dameron. Attention ! Il n’est pas une copie carbone de ce dernier. S’il fait penser au grand Dameron, c’est par la précision des arrangements et l’exécution dense, serrée, de ces derniers. Quoi d’autre ? Il nous a fait penser à l’auteur de If You Could See Me Now par la richesse de l’éventail harmonique et rythmique de son album.

Ses compositions mises à part, Rager se distingue par une manière de faire, de jouer du piano, qui est en fait un écho, conscient ou pas, qu’importe, au style défendu en leur temps par Sonny Clark et Elmo Hope. Mais encore ? Le jeu de Rager est solide. Saccadé dans le sens noble du terme. En d’autres mots, il ne laisse jamais indifférent. Ajoutez à cela qu’il est fort bien entouré et vous obtiendrez un résultat qui mérite une OPA (oui, oui, une offre publique d’achat).

À telle enseigne qu’on souhaite que ce Dreams and Other Stories soit distribué de la manière la plus efficace possible. En attendant, on peut se procurer sa production en se rendant sur son site (joshrager.com).

Soulignons par ailleurs que le saxophoniste de l’Art Ensemble of Chicago, ethnologue, poète, prêtrebouddhiste et professeur d’aïkido Joseph Jarman vient de décéder. Il avait 81 ans. C’est bien simple : avec ses complices de l’Art Ensemble, il a poursuivi une aventure des plus originales et des plus vitales des 50 dernières années.

En vrac

Voici une découverte qui ne manque pas de sel : il y a quelque temps déjà, l’excellent Ethan Iverson avait fait une très longue entrevue avec le pianiste… Marc-André Hamelin au bénéfice de son site d’une richesse exemplaire pour tout ce qui a trait à l’histoire : Do The Math. On vous en recommande chaudement la lecture.

On s’en voudrait aussi de ne pas vous signaler la publication d’une biographie consacrée à Dexter Gordon. Le titre ? Sophisticated Giant : The Life and Legacy of Dexter Gordon. L’auteur ? Maxine Gordon, sa veuve. L’éditeur ? University of California Press.