Les élèves créent la surprise au concert Fauré

Le pianiste Louis Lortie a commencé la soirée par une «Ballade op. 19» attaquée avec ardeur. 
Photo: Elias Photography Le pianiste Louis Lortie a commencé la soirée par une «Ballade op. 19» attaquée avec ardeur. 

Pour ses deux concerts autour de Gabriel Fauré à la salle Bourgie, Louis Lortie a amené au Québec de jeunes musiciens, anciens étudiants de la Chapelle Reine Élisabeth de Belgique, où il enseigne.

Ce sont ces élèves, désormais jeunes professionnels, qui ont laissé la plus forte impression de cette première soirée fauréenne à travers une interprétation maîtrisée, équilibrée, subtile et très nuancée du 1er Quatuor avec piano.

Pour l’occasion, c’est Nathanaël Gouin qui tenait la partie de piano. Il l’a fait de manière magistrale, sur un registre plus feutré que Louis Lortie en première partie. Un signe ne trompait pas : ce magnifique temps d’arrêt imposé par le pianiste avant le mouvement lent, incitant à la concentration nécessaire pour goûter une attaque très douce reprise idéalement par la violoncelliste.

Ce qui manquait par rapport à une version de référence au disque, comme celle du Trio Wanderer, rejoint par Antoine Tamestit (HM), se mesurait en richesse de couleurs instrumentales à l’alto et au violoncelle. Mais la respiration des phrases dans l’Adagio, la conduite des crescendos de manière générale (notamment dans le Finale) et, surtout, un superbe côté liquide et fuyant du Scherzo, impressionnait fortement en matière de cohésion et de maturité d’interprétation.

Un soliste tendu

Jouant sur un piano Bösendorfer, amené à la salle Bourgie pour l’occasion, Louis Lortie a commencé la soirée par une Ballade op. 19 attaquée avec ardeur. Il est très clair que, stylistiquement, Louis Lortie ne voit pas en Fauré, même jeune, un rêveur.

Il évite dans la Ballade les élucubrations chopiniennes de Kun-Woo Paik ou Paul Crossley, deux fameux auteurs d’intégrales, pour retrouver un ton français, sans, heureusement, les irritants décalages organisés par Michel Dalberto, mais sans non plus le raffinement de Jean-Bernard Pommier (version avec orchestre), l’un des pianistes, rares, qui allient style et subtilité.

C’est d’ailleurs un peu la question qui se pose à Louis Lortie : comment montrer que Fauré et la musique française ont un style (pas de sentimentalisme ou d’eau de rose) tout en restant infinitésimal, ondoyant, souple et en distinguant Fauré de Saint-Saëns. Tout cela pour parvenir, par exemple à ce que réussit Robert Casadesus avec Zino Francescatti en 1953 dans la 1re Sonate pour violon : un vrai Allegro molto, mais mouvant et pas « fort en gueule ».

Avec Lortie, mardi, c’était un râpé à la première mesure, si puissante que l’on se demandait comment Kerson Leong allait pouvoir réagir à cela en restant dans le style. En fait, la mayonnaise n’a pas réussi à prendre, des dosages violon-piano à l’intérieur de segments musicaux captant l’attention par rapport à la nécessaire ductilité des phrases. Allegro vivo, certes, le 3e mouvement devrait être tout de légèreté, sans autant de muscles.

Les muscles étaient aussi présents dans Dolly, une suite bien assise qui aurait pu bénéficier d’un climat plus bon enfant. Le Fauré de Louis Lortie est décidément un peu tendu. C’est aussi pour cela que ce Scherzo de 1er Quatuor avec piano est venu comme une immense surprise et un baume au coeur.

Louis Lortie joue Fauré – Concert I

Gabriel Fauré : Ballade pour piano seul, op. 19. Suite Dolly, pour piano à quatre mains. Sonate pour violon et piano n° 1. Quatuor pour piano et cordes n° 1. Louis Lortie (piano), Nathanaël Gouin (piano), Kerson Leong (violon), Hélène Desaint (alto), Astrig Siranossian (violoncelle). Salle Bourgie, mardi 22 janvier 2019.