Le cadeau de Sylvie Vartan

«Dans le spectacle, j’ai voulu montrer Johnny à un moment de sa vie où il était beau et jeune, où nous étions tous les deux presque des enfants, au départ de nos vies.» Ici, les nouveaux mariés photographiés en 1965.
Photo: Agence France-Presse «Dans le spectacle, j’ai voulu montrer Johnny à un moment de sa vie où il était beau et jeune, où nous étions tous les deux presque des enfants, au départ de nos vies.» Ici, les nouveaux mariés photographiés en 1965.

En mars 2018, à la première de son spectacle au Grand Rex, moins de quatre mois après la mort de Johnny Hallyday, on s’attendait à ce que Sylvie Vartan salue celui qui fut son premier amour et qui partagea si longtemps sa vie. Ça allait de soi. Une chanson, un mot, peut-être un duo virtuel ? Vint le rappel. Qui dura trois quarts d’heure. Trois quarts d’heure avec Johnny. Des photos et des films d’archives en quantité, des duos de toutes époques, mais aussi, et surtout, Sylvie chantant Johnny, toute une série de titres phares, du Pénitencier à Que je t’aime et jusqu’à Quelque chose de Tennessee.

Ce qui se voyait dans les clips d’amateurs relayés le lendemain sur YouTube, c’était quelque chose qui ressemblait à un barrage dont on ouvre les vannes. Un déversement qui était tout autre chose que les funérailles nationales, tout autre chose que les hommages officiels, tout autre chose que la surenchère médiatique : enfin, enfin, celles et ceux qui ont aimé Johnny, et d’abord Sylvie, pouvaient le pleurer. Entre copains. Immense sentiment de reconnaissance. Grand cadeau au Grand Rex.

L’intimité collective

« Je suis contente que vous compreniez le geste : j’ai voulu revenir à ce qui nous unissait », commente Sylvie Vartan, de Los Angeles où elle demeure depuis les années 1980. « Je voulais célébrer la musique que nous aimions tant. Ces chansons qu’on se faisait écouter l’un l’autre, et qu’on s’échangeait avec tous ces gens qui nous ressemblaient et qui constituaient véritablement une très grande bande de copains. » C’est le mot-clé : copains. Comme dans Tous mes copains, la chanson qui fut l’un des premiers succès de Sylvie, en 1962 : « Tous mes copains, il faut bien les aimer… »

« Il y avait notre vie, notre amour, à Johnny et à moi, mais on peut vraiment dire que le public a cimenté notre lien. » Michèle Torr, dans sa chanson Discomotion, évocation dans les années 1970 de ses années rock’n’twist, résumait bien cette « intimité collective », cette identification générationnelle : « Les scooters, le twist arrivaient en France/Et Sylvie, Johnny étaient mes amis… » Les photos et les films d’archives montraient surtout le jeune couple. Et l’album Avec toi… paru chez nous à la fin de l’automne dernier, pour lequel Sylvie a réenregistré en studio la plupart des titres interprétés lors du rappel à rallonge, est illustré uniquement par des photos première époque du couple, en noir et blanc, signées Jean-Marie Périer. « Jean-Marie, c’était l’amoureux de Françoise [Hardy], il était dans notre cercle intime, il prenait des photos de nous le plus souvent sans qu’on le sache, à l’instinct. Il a saisi des moments vrais. »

« Dans le spectacle, continue-t-elle, j’ai voulu montrer Johnny à un moment de sa vie où il était beau et jeune, où nous étions tous les deux presque des enfants, au départ de nos vies. Et je pense que ce nous vivions, ça correspondait à ce que beaucoup de gens vivaient en même temps. Nous nous sentions extrêmement vivants, tous, d’autant que la guerre d’Algérie venait de se terminer et que nous étions remplis d’espoir. Johnny était fort et magnifique, charismatique, il nous donnait confiance. C’est ce Johnny-là que j’ai voulu faire revivre. »

L’explosion de la Nation

Comprendre : pas le Johnny de la mort, et surtout pas le Johnny dont les vautours s’arrachent les restes et dont les ayants droit se tiraillent le testament. « Tout a été sali. J’ai été choquée, et surtout attristée. C’est pour ça que je tenais, pour moi d’abord, mais aussi pour les gens, à rappeler qu’au départ, notre joie de vivre était authentique, notre envie de bouger saine, notre besoin de faire du rock’n’roll absolument naturel, et nos amours sincères. » En juin 1963, en pleine place de la Nation, bien avant la mode des grands spectacles extérieurs gratuits, quelque 200 000 copains (on en attendait 50 000 tout au plus) avaient spontanément répondu à l’appel de l’animateur de l’émission de radio de Salut les copains : toute une jeunesse se révélait, au rendez-vous des Richard Anthony, Chats Sauvages, Sylvie et Johnny. « C’était une explosion. À partir de là, toute la profession s’est resserrée, les vedettes se sont multipliées, les compagnies ont vu le potentiel. »

Sylvie rappelle que Charles Aznavour écrivit avec son beau-frère Georges Garvarentz pour Johnny et pour elle des chansons sur mesure. « Pour moi, ils ont fait La plus bellepour aller danser et, pour Johnny, ils ont fait Retiens la nuit. Les auteurs de chansons nous regardaient vivre et nous décrivaient. Et nous, quand on les redonnait au public, on les ressentait ensemble. » Pour l’album Avec toi…, c’est elle qui, tout naturellement, reprend Retiens la nuit, mais aussi Sang pour sang, Mirador, Vivre pour le meilleur, composées par… David Hallyday. Le fils de Sylvie et de Johnny. « Toutes les chansons que j’ai choisies pour ce disque ont une histoire. » L’album se termine sur In My Life, des Beatles. « Pour moi, ça dit l’essentiel. Ça dit la vraie place de Johnny dans ma vie, dans nos vies. Nous sommes liés, pour toujours. »

Avec toi…

Sylvie Vartan Columbia/Sony