Concerts classiques - Pauvre chant, belle présence

Devant une salle Wilfrid-Pelletier archicomble, Le Rite du soleil noir, de Clermont Pépin, fait indéniablement son effet. Lacombe y met l'énergie nécessaire sans arriver à une précision d'ensemble parfaite alors que les trombones tentent de ne pas s'embourber dans la naïveté avec laquelle un jeune compositeur à l'orée de la trentaine les surutilise avec ostentation. Si l'oeuvre n'est pas subtile dans sa construction et dans son instrumentation, elle n'en garde pas moins une part d'enthousiasme juvénile qui la rend bien meilleure que tant de gaucheries plus actuelles.

Toujours au volet instrumental, Jacques Lacombe a dirigé une formidable version des Planètes de Holst. Maintes fois réentendues, il faut bien trouver quelque chose à faire pour stimuler le public, à part les gros effets. Lacombe y arrive facilement par une «méthode» très simple: mettre le son en place, le doser avec efficacité et laisser l'OSM s'épanouir. On entend alors des splendeurs d'orchestration, une succession de couleurs et de climats dans la succession desquels le chef arrive à imprimer une direction certaine. Il y a plus flamboyant, plus spectaculaire; ainsi faites, ces Planètes montrent qu'il y a un frémissement musical derrière l'argument descriptif et Lacombe s'est fait le médium pour que les diverses atmosphères respirent et séduisent.

L'invitée du jour, Frederica von Stade, monte sur scène sous les applaudissements de ses fans. L'accueil est sympathique, la prestation l'est moins. Nombreux sont les aficionados qui, regardant la belle star, n'entendent que le souvenir des enregistrements. Ce qu'on entend cependant est d'un autre ordre.

Shéhérazade a été plus que pénible: imprécisions de toute sorte dans le rythme, entrées ratées et une voix beaucoup trop uniforme de style et d'intention ont rendu cette version quasi imbuvable. L'OSM et Lacombe supportent cela comme ils le peuvent, jouent le jeu, dépannent la soliste à l'avenant. Quant aux six Chants d'Auvergne retenus, on retrouve un peu de la grande von Stade dans les moments de lyrisme soutenu, mais dès qu'il y a quelque demande de virtuosité, on retombe dans l'approximation.

Ce qui sauve de la déception totale reste la présence en scène de la cantatrice. S'appuyant sur un métier solide et un instinct sûr, Frederica von Stade montre que, malgré des moyens vocaux sur le déclin — ce dont nul ne lui tient rigueur —, elle reste une formidable artiste qui sait convaincre. Le seul problème vient du fait qu'elle recourt maintenant plus à l'artifice qu'à l'art. Si on s'en désole, on apprécie une certaine émotion dans la leçon de tenue et de dignité, de sincérité et de plaisir à vouloir partager.