Harold Mabern, le passe-muraille du jazz

Aujourd’hui comme hier, Harold Mabern est un pianiste recherché et très admiré par ses pairs.
Photo: DL Media Music Aujourd’hui comme hier, Harold Mabern est un pianiste recherché et très admiré par ses pairs.

Au piano, il y a évidemment comme toujours McCoy Tyner. Puis il y a le pianiste caméléon : Kenny Barron. Ensuite ? Les aventuriers Jason Moran et Robert Glasper. Les modernes Craig Taborn et Vijay Iyer. L’iconoclaste Matthew Shipp. Il y a également un savant : Ethan Iverson. Il y a aussi le classique, soit Bill Charlap, et celui qui incline toujours au gospel des origines, Eric Reed. Il y a enfin, et peut-être surtout, Harold Mabern, qui propose aujourd’hui un double CD, The Iron Man sur Smoke Sessions, un live à vous jeter à terre.

Quel étrange parcours que celui de cet homme originaire de Memphis, Tennessee. De tous les pianistes nommés, il est le plus vieux. Il a 82 ans, soit deux ans de plus que McCoy Tyner. Il est suffisamment vieux pour avoir accompagné les figures de proue du genre : Miles Davis, Sonny Rollins, Archie Shepp, Sarah Vaughan, Betty Carter, J. J. Johnson, Hank Mobley, Max Roach, Donald Byrd, Jackie McLean, etc.

Aujourd’hui comme hier, Mabern est un pianiste recherché et trèsadmiré par ses pairs. Pour sa dextérité, sa polyvalence et un sens rythmique sans équivalent. À l’origine de ses singularités, de ses qualités, il y a un homme qui demeure une légende au sein même de la communauté des musiciens : le pianiste Phineas Newborn Jr, né à… Memphis.

C’est Newborn qui a formé Mabern. Qui l’a initié aux subtilités et aux difficultés grammaticales du jazz. Qui lui a surtout fait rentrer dans la tête qu’être pianiste, donc quelqu’un qui se mettra régulièrement au service d’autrui, exige le dépassement constant. Ce qu’il a fait pendant trois décennies… avant d’abandonner la scène au tout début des années 1980.

C’est là que son parcours devint quelque peu étrange. Plutôt que de continuer à fréquenter les scènes du monde, il s’est retiré de celles-ci, mais pas du jazz. Ayant constaté que la pédagogie inhérente à l’enseignement du jazz dans les universités était propre à le « glacifier », il a décidé de secouer le cocotier. Pendant une vingtaine d’années, il a enseigné au William Paterson College où il fut, assurent les initiés, un grand professeur.

C’est d’ailleurs en ce lieu qu’il a eu pour élève un des meilleurs ténors d’aujourd’hui : Eric Alexander. Avec ce dernier, Mabern a enregistré plusieurs albums pour les étiquettes High Note et Smoke Sessions, dont le dernier en compagnie de John Webber à la contrebasse et de Joe Farnsworth à la batterie. Dans le cas de ces deux derniers, il faut souligner qu’ils forment une des deux sections rythmiques les plus demandées, l’autre réunissant Ray Drummond à la contrebasse et Kenny Washington à la batterie.

Toujours est-il que le dernier disque que ces messieurs ont confectionné fait penser, dès la première écoute, aux grandes heures de Blue Note. Car cet Iron Man est aussidynamique que les live des Jazz Messengers, aussi joyeux que le Sidewinder de Lee Morgan, aussi puissant que Blowin’ the Blues Away d’Horace Silver, aussi convaincant que Go de Dexter Gordon. Bref, cet Iron Man : Live at Smoke est à ranger dans la catégorie des poids lourds.

P.-S. – Les aléas de la distribution étant ce qu’ils sont, on a commandé ce disque directement sur le site de Smoke Sessions.

Le concert de la semaine

Le vendredi 25 janvier, le Upstairs propose une affiche aussi originale que sympathique. Originale ? Deux trompettistes seront sur le devant de la scène, soit Kevin Dean et Lex French, entourés d’une rythmique à la configuration classique. Sympathique ? Le programme sera consacré aux géants de l’instrument : Dizzy Gillespie et Roy Eldridge.