Kacey Musgraves au MTelus: on se connaissait déjà

Trentenaire calme et décidée, elle a enregistré trois albums à ses frais avant que son passage en 2007 à «Nashville Star» fasse son effet.
Photo: Christopher Polk Getty Images / AFP Trentenaire calme et décidée, elle a enregistré trois albums à ses frais avant que son passage en 2007 à «Nashville Star» fasse son effet.

Son compte Instagram témoigne du samedi qu’elle a passé à Montréal. Gros émoi météo pour la Texane : six degrés Fahrenheit vers midi, affiche l’écran. « Not ok, literally no », réagit SpaceyKacey (c’est son nom d’utilisatrice), en déni quasi trumpien devant l’incontournable réalité. « I saw someone in shorts », ajoute-t-elle, ahurie. Près du MTelus, au coeur du Red Light, voilà qui est pourtant plus que plausible. Faut savoir. Samedi soir, l’exception est muée en norme : elles sont nombreuses à subir les moins seize degrés Celsius à même leur chair. Quel monde, s’étonne Kacey Musgraves, de sa fenêtre teintée d’autobus de tournée. Il faut dire que la tournée en question s’intitule Oh What a World.

« PMS is fun… not ! » ajoute la mégavedette sur Instagram. Oui, mégavedette. Kacey Musgraves est la star de l’heure dans le monde du country, voire du monde au complet : son plus récent album, Golden Hour, a été acclamé partout, et pas seulement autour de Nashville. On a l’impression de la connaître presque… intimement. Lien de proximité que celui d’Instagram : chaque jour apporte les commentaires, états d’âme, bonheurs et irritants de SpaceyKacey. Cela fait qu’en arrivant au MTelus, la chanteuse et ses spectateurs sont en pays de connaissance, et la joie générale a quelque chose de familial.

Instagram et country, ça lie doublement. Elle a beau s’entourer de tout un tas d’effets d’éclairage inhérents à son statut et aux attentes conséquentes, son country est très simplement country. Avec un peu de folk et parfois des airs un brin pop, mais pas trop. Slow Burn rappelle Old Man de Neil Young, façon Alison Krauss. Bonnes références.

Ça bat Instagram

Premier spectacle à Montréal, première intervention de Kacey : « I’m a little bit angry about how fucking cold it is… » Le spectacle en tant que prolongement d’Instagram ? En est-on là ? Encore heureux qu’il s’agisse de chansons à base de vrai de vrai country : ça rend l’ambiance très palpable, la communion très réelle. Tous les amis du MTelus chantent avec leur amie Kacey chaque chanson : oui, merci Spotify, tous les titres se sont rendus de notre bord de la frontière.

Wonder Woman, Butterflies, Mother, Space Cowboy : toutes ces mélodies sont bonnes à chanter, et toutes ces chansons en disent beaucoup sur la vie de maintenant dans l’Amérique profonde : ça parle d’orientation sexuelle, de rébellion, de légalisation de la marijuana, et d’ouverture envers les gens de toutes provenances. C’est du Texas de Beto O’Rourke, de Willie Nelson, que vient SpaceyKacey. Elle ne manque d’ailleurs pas de dénoncer celui qui tient lieu de président américain, et le « fucking world » dans lequel il « nous » fait patauger.

Banjo, guitares et survie

Cette trentenaire calme et décidée, qui a enregistré trois albums à ses frais avant que son passage en 2007 à Nashville Star fasse son effet, est en cela l’héritière naturelle d’une Emmylou Harris, des Dixie Chicks et d’une Crystal Gayle. Bien plus qu’une émule de Taylor Swift en passe de virer déesse pop. On est au royaume de la pedal steel, des guitares acoustiques, des électriques twangy et du banjo, et le public, très majoritairement du même âge que la chanteuse, découvre grâce à elle et à sa magnifique voix tout un monde.

Oh What a World. En effet. Un monde où tout peut nous unir, à commencer par les différences. Ce n’est pas un hasard si le spectacle s’achève sur I Will Survive, en duo avec la chanteuse de la première partie : oui, l’hymne à la résilience de Gloria Gaynor. Tout est dit. On ira lire sur Instagram comment SpaceyKacey a vécu son baptême montréalais. Chaleureusement, on gage ?