Une Ode qui tombe bien

L’orchestre baroque Arion
Photo: Arion L’orchestre baroque Arion

Arion n’aurait sans doute pas pu rêver mieux que de jouer une Ode à Sainte Cécile, patronne des musiciens et musiciennes, la semaine où l’institution annonçait la phase 2 de son existence, avec la nomination, après 37 ans d’existence, d’un nouveau directeur artistique : Mathieu Lussier.

Cette ode est l’une des célèbres oeuvres chorales de Henry Purcell (1659-1695), compositeur qu’Andrew McAnerney connaît et maîtrise bien. McAnerney a tout d’abord sensibilisé le public aux dissonances dans les Hymnes Hear my Prayer, O Lord et Jehova, quam multi sunt hostes mei, qui ne sollicitaient pas la participation des musiciens de l’orchestre. Dès cette prestation chorale, nous avons entendu un choeur du Studio de musique ancienne plus fondu que lors du concert Lamentations de septembre dernier.

Le chef a ensuite alterné une oeuvre orchestrale, Abdelazer, qui comporte le thème utilisé par Britten dans ses Variations sur un thème de Purcell, un Hymne avec cordes et l’Ode précitée. Les solistes issus du choeur ont bien paru. Même s’il n’a pas les graves nécessaires dans sa première intervention, la basse Normand Richard domine le quatuor par son aplomb. Nils Brown, peu convaincant en septembre au sein du choeur, a livré un air de l’Ode à Sainte Cécile chanté avec sensibilité et a fait preuve d’autorité dans la section finale.

Le bon moment

Si ce concert bien équilibré et de bon aloi, qui ajoutera vendredi, samedi et dimanche deux Hymnes et une Chaconne, ne marquera pas forcément les mémoires, on ne peut que constater qu’Arion vient de prendre les bonnes décisions au bon moment. La formation est sur la pente ascendante avec une stabilisation à la hausse du niveau de ses prestations.

Arion est en train de chercher son 1er violon. Tanya LaPerrière n’a pas tiré le gros lot en passant son test dans ce programme peu gratifiant, car la mettant peu au défi et en valeur. Elle a bien fait les choses.

Mathieu Lussier pourra, au bout de ce processus de recrutement, compter dans le futur sur un ensemble intéressant et plus tonique. Il restera au nouveau chef à peaufiner la communication. Il fut en effet stupéfiant d’entendre lors de notre entrevue, parue dans Le Devoir mercredi, le nouveau directeur artistique placer la différence entre les Violons du Roy et Arion sur quelque purisme de « langage » musical.

Les Violons du Roy maîtrisent bel et bien le langage baroque au point que pendant les années artistiquement creuses d’Arion, il valait bien mieux miser sur la solidité et la justesse de l’ensemble de Québec que de se risquer à l’irrégularité et aux failles d’intonation des prestations d’Arion.

La différence, surtout dans les vents, se situe au niveau des instruments et donc des timbres. De cette distinction découle naturellement tout un pan de répertoire (Campra et Couperin, par exemple, cités par Mathieu Lussier) qu’Arion peut s’approprier en se distinguant sans crainte de concurrence.

En tout cas, avec un orchestre renouvelé et un nouveau directeur artistique, Claire Guimond a su faire ce que d’autres (Yuli Turovsky) avaient manqué ; trouver le bon moment pour prouver que les institutions dépassent les hommes, y compris leurs créateurs.

Visages de Purcell

Anthems « Hear my Prayer, O Lord » et « Jehova, quam multi sunt hostes mei ». Abdelazer, Ouverture et suite. Anthem « O sing unto the Lord ». Ode pour la fête de sainte Cécile, « Welcome to All the Pleasures ». Choeur du Studio de musique ancienne de Montréal, Arion, Andrew McAnerney. Salle Bourgie, jeudi 10 janvier. Reprises vendredi, samedi et dimanche.