Du jazz en vitesse lente

Le Jazzlab Orchestra a fait paraître vendredi son septième album, «Quintessence».
Photo: Effendi Records Le Jazzlab Orchestra a fait paraître vendredi son septième album, «Quintessence».

Il en va du marché du jazz comme de celui de la musique enregistrée en général : ça craint. Ce qui n’est pas une raison pour baisser le pavillon de la trompette, dit en substance Alain Bédard en cette rentrée hivernale.

Le contrebassiste et fondateur de l’étiquette Effendi est aux premières loges pour constater la difficulté d’opérer dans un contexte où il n’y a essentiellement plus de ventes de disques, et où l’écoute en continu (streaming) rapporte quelques arachides. « On a eu 800 000 streams l’an dernier, et ça m’a donné environ 1000 $ », affirme le producteur.

Ainsi faut-il concentrer les activités : d’ici l’automne, seuls quatre albums seront lancés par la maison de disques (le rythme de production était le double auparavant). Les trios Simon Legault et Gentiane MG font partie du petit lot 2019, de même que le pianiste Rafael Zaldivar.

Reste le Jazzlab Orchestra, un collectif que dirige Bédard depuis une quinzaine d’années et qui a fait paraître vendredi dernier l’album Quintessence — son septième projet. Le pianiste Félix Stüssi signe toutes les musiques pour ce groupe de huit musiciens comprenant notamment le trompettiste Jacques Kuba Séguin.

« On a déjà eu des projets à 12 musiciens — et même à 20 — avec le Jazzlab, rappelle Alain Bédard. Mais cette fois, j’ai demandé à ce que Stüssi écrive pour 8, parce que c’est déjà assez compliqué d’arriver à se trouver des dates pour jouer et des fonds pour tourner. »

La notion de laboratoire intervient où dans ce projet ? « On ne vise pas à faire comme le [très audacieux] Art Ensemble of Chicago, relève Alain Bédard. Mais c’est un labo en ce sens où on ne fait toujours que de la musique originale, jamais de reprises. Il y a avec chaque projet un défi nouveau, une exploration inédite. »

En réduisant les sorties de disques, Alain Bédard souhaite « faire en sorte que les projets qu’on fait puissent vivre, dit-il. On essaie d’avoir des productions qui coûtent moins cher, et de les faire tourner davantage. En jazz, l’équation qui veut qu’un concert permette de vendre des disques est encore vraie pour nous. »

Et il n’y a pas de secret : « Il faut sortir du Canada, où le marché est trop petit », soutient celui qui milite pour que les gouvernements consacrent davantage de fonds en soutien à ces tournées à l’étranger.

Cela dit, quoi surveiller en jazz pour les prochains mois ? Vu la rareté des parutions étrangères prévues et annoncées, il devient difficile de parler d’une réelle « rentrée ». Mais il y a plusieurs projets d’intérêt ici et là. Que voici :

Joshua Redman en quartet. On sait que le formidable saxophoniste américain Joshua Redman sera du prochain Festival international de jazz de Montréal (le 2 juillet), avec son quartet — Aaron Goldberg, Reuben Rogers, Gregory Hutchinson. Warner Music annonce pour sa part la sortie d’un… single de Redman, à la fin janvier. Mais cela laisse présager un album complet, dit-on. Chez ce même Warner, on note la sortie le 8 février d’un album que le guitariste John Pizzarelli consacre à Nat King Cole, qui aurait eu 100 ans en mars. L’excellente chanteuse coréenne Youn Sun Nah fera pour sa part paraître le 1er mars Here Today.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir On sait que le formidable saxophoniste américain Joshua Redman sera du prochain Festival international de jazz de Montréal le 2 juillet.

Le retour de Branford Marsalis. Chez Sony, le saxophoniste Branford Marsalis présentera le 1er mars un premier album en quartet depuis 2012. The Secret Between the Shadow and the Soul compte sur la présence de Joey Calderazzo, d’Eric Revis et de Justin Faulkner. On écoutera aussi la nouvelle production du très pertinent trompettiste Theo Croker (Star People Nation, le 17 mai).

Les 80 ans de Blue Note. La première séance d’enregistrement de la maison de disques Blue Note s’est faite le 6 janvier 1939 à New York (avec deux pianistes de boogie woogie). Le prestigieux label célébrera son 80e anniversaire tout au long de l’année, et avec une série de projets : liste de lecture spéciale pour les plateformes d’écoute ; éditions de vinyles particuliers ; un documentaire ; des concerts…

Photo: Free fun artists Le public de Québec pourra voir la trompettiste Rachel Therrien.

Des spectacles. Il faut rappeler les programmations toujours fournies des trois clubs montréalais qui présentent du jazz quotidiennement (ou presque) : le Upstairs, le Dièse Onze et le Café Résonance. Le public de Québec pourra voir, au Palais Montcalm, la trompettiste Rachel Therrien (23 février), le pianiste Omar Sosa (13 mars), le saxophoniste Rémi Bolduc (27 avril) et le quintet du pianiste Yves Léveillé (24 mai). La chanteuse canadienne Jill Barber (dont la pop efficace garde quelques échos de sa période jazz) sera en tournée tout le mois de mars au Québec.