Spectacle: le retour nécessaire de l’extraordinaire en musique

Philippe Brach sera à la Maison symphonique en mars, avec l’Orchestre de l’Agora dirigé par Nicolas Ellis. 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Philippe Brach sera à la Maison symphonique en mars, avec l’Orchestre de l’Agora dirigé par Nicolas Ellis. 

La saison sera événementielle ou ne sera pas. On en est là. Plus le choix, faut en faire plus. Faire autrement. Différemment. À une époque où le lancement d’album et la première de spectacle se sont « mariés obligés », comme disaient mes aïeux, il y a une limite à rétrécir une peau déjà chagrinée. Fusionner encore, on plongerait dans un trou noir.

Alors quoi ? Alors Boum Dang Sangsue ! À savoir : Philippe Brach à la Maison symphonique en mars, avec l’Orchestre de l’Agora dirigé par Nicolas Ellis. Un spectacle où il y aura du Poulenc et aussi tout le contenu de l’album Le silence des troupeaux, en juxtaposition et en collision. Alors quoi ? Alors la belle folie, alors le pouvoir de l’imagination, alors un mariage qui explose au lieu de fusionner : l’inimaginable à la rencontre de l’impossible.

Alors Serge Fiori, seul ensemble, avec le Cirque Éloize, tout mars durant au Saint-Denis et ailleurs ensuite : une réinvention des arrangements du meilleur de Fiori par Fiori, sous la poussée irrésistible de Louis-Jean Cormier, pour donner des ailes aux acrobates : oui, nous promet-on, Comme un sage, on montera dans les nuages, et on verra le paysage.

Alors Michel Rivard à La Licorne du 2 au 17 avril, avec un spectacle intitulé L’origine de mes espèces, un théâtre musical en solitaire. Pas une revisite des immortelles (avec et sans le-groupe-que-vous-savez), mais bien plutôt un approfondissement — en chansons, en saynètes, en monologues, en Dieu sait quoi — des éléments constitutifs de l’homme et du créateur. Quelque chose comme le Springsteen à Broadway, se dit-on, mais façon Flybin.

 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Michel Rivard présentera à La Licorne en février un spectacle intitulé «L’origine de mes espèces».

Alors Robert Charlebois, qui annonçait à la fin de 2018 le spectacle Robert en CharleboisScope, une sorte de Superchipelargo pour le XXIe siècle, avec le concours de boîtes multimédias (4U2C, Champagne club sandwich) : rien que l’affiche éblouit. Il faudra attendre les Francos, en juin, pour découvrir ça, mais c’est d’ores et déjà événementiel.

Mais encore ? C’est fou à quel point, grand déploiement ou petits moyens, les artistes ont trouvé les truchements par lesquels accomplir leurs désirs (et satisfaire les nôtres). Prenez la chanteuse Denise Biron et le pianiste Alain Lecomte : leur spectacle Toi, Bécaud et moi, que j’ai vu en avant-première à Valleyfield (et qui sera présenté fin mars au Lion d’Or), tricote tant et si bien les connues et méconnues du Gilbert que l’on a l’impression d’en posséder le garde-robe, de s’habiller avec les mots, les émotions, l’âme. Les spectacles-hommage sont souvent décevants : celui-ci est éminemment rafraîchissant.

Dans la langue du commerce, on décrirait ainsi la saison : offre bonifiée. Voyez les Barr Brothers, qui seront au Corona trois soirs consécutifs. « An album every night », voilà la proposition. L’éponyme en intégrale le 7 mars, Sleeping Operator le 8, et Queen of the Breakers le 9. Voyez Nick Mason, le batteur de Pink Floyd, qui a eu envie de replonger dans la psychédélie de ses débuts et qui s’amènera à Wilfrid avec un groupe ad hoc, le bien nommé Nick Mason’s Saucerful of Secrets. Voyez Jason Bajada, qui fêtera les dix ans de l’album Loveshit.

Voyez tous ces spectacles nés d’alliances heureuses, que l’on verra ou que l’on reverra dans les mois qui viennent :La Renarde, sur les traces de Pauline Julien ; Entre vous et nous, avec Luce Dufault, Marie-Élaine Thibert, Martine St-Clair et Marie-Michèle Desrosiers ; We Love Belafonte, la fête calypso fomentée par Florence K et ses invités ; Michel Fugain, la causerie musicale, entre spectacle et rencontre ; notre Pag national avec l’OSM.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Alors tout ça. Et des lancements-spectacles, bien sûr, et quelques authentiques premières (Ariane Moffatt au MTelus, par exemple, avec Les Louanges en ouverture), et les 20 ans du festival Montréal en lumière (programmation complète à venir), et encore et toujours de la grosse visite (Toni Braxton, Alan Parsons Live Project, KISS, Mumford Sons, Muse, le doublé Weezer-Pixies, Ariana Grande, P!NK), ce qui n’est pas rien. Les tournées québécoises d’Eddy de Pretto et de Jain, ça fera aussi notre printemps. Certes vais-je célébrer à L’Astral le retour de mon groupe fétiche Whitehorse.

N’empêche que c’est à Rouyn qu’on aura vraiment envie d’être, fin mai, avec Richard Desjardins et l’Orchestre symphonique régional de l’Abitibi-Témiscamingue, dirigé par Jacques Marchand, dans le cadre du Festival des guitares du monde, 15e du nom : ce sera différent du spectacle créé en 2004, c’est certain, mais à quel point ? Les spectateurs seuls en témoigneront : c’est ainsi. Lapalissade justifiée : pour vivre ces soirées hors de l’ordinaire, il faudra impérativement se déplacer.

Faire (ou refaire) le Centre Bell

ZAZ y aura sa soirée, LOUD aussi, tout comme Bryan Adams, KISS et… Michelle Obama (le 3 mai). Le Centre Bell a les rangées larges. Comme on disait d’Offenbach que le groupe avait « fait le Forum », il y a quelque chose de l’ivresse des sommets à se trouver tout en haut de l’affiche dans un tel lieu. Même pour une Marie-Mai, qui se produira trois fois en février dans l’amphi des Canadiens (pour un total de quinze fois en carrière !), ce ne sera pas de la routine : il s’agira de ses premiers Centre Bell depuis qu’elle a quitté les Productions J et changé quelque peu son pop-rock de guitares pour de la pop électro. Dansera-t-on autrement ? Retrouvera-t-elle ses fidèles fans de tous âges ? Agrandira-t-elle son cheptel ? On le saura en même temps qu’elle.