«The Artist» à l'OSM: une expérience très concluante

Avec «The Artist», l’OSM peut vendre une expérience orchestrale qui n’est pas si éloignée des canons de la musique symphonique.
Photo: Warner Bros Avec «The Artist», l’OSM peut vendre une expérience orchestrale qui n’est pas si éloignée des canons de la musique symphonique.

Comme nous en avons discuté récemment avec François Girard, la projection de films accompagnés en direct par des formations orchestrales est devenue un genre à part entière, un créneau tant pour des diffuseurs de partitions (Schirmer dans le cas du Violon rouge ou de la partition d’Howard Shore du prochain film de Girard) ou de grandes agences artistiques comme IMG, copartenaire de la société Film Concerts Live !, qui, outre The Artist, donne aussi dans James Bond (Skyfall), l’exploration spatiale (Apollo 13) et les dinosaures (Jurassic World).

Le genre a un avenir certain, car les grandes formations symphoniques ne peuvent plus assurer le plein emploi avec uniquement des concerts Mozart, Beethoven et Brahms. Outre le fait de diversifier l’offre, l’avantage est d’attirer un autre public. The Artist présente de ce point de vue tous les avantages : le public est plus jeune et l’OSM peut vendre une expérience orchestrale qui n’est pas si éloignée des canons de la musique symphonique. Contrairement à celui des concerts OSM Pop, qui vient pour ses artistes favoris, c’est un public que l’OSM peut espérer revoir dans un concert plus « classique » s’il programme par exemple les Planètes de Holst avec images spatiales sur grand écran.

En effet, le film de Michel Hazanavicius étant un hommage au muet avec une vraie finesse d’esprit et une culture rétro, le compositeur Ludovic Bource a opéré de même, avec une musique très habile très inspirée des idiomes de la musique hollywoodienne des années trente. Or les Max Steiner (référence principale), Franz Waxman et Erich Wolfgang Korngold furent tous les émules et continuateurs de Mahler. Bource a même fait deux emprunts : un à Ginastera (Estancia), l’autre à Herrmann (Vertigo)

C’est donc une musique cultivée, à la fois cinématographique, mais aussi de consonance classique, que l’OSM et Dina Gilbert ont déroulée avec richesse sonore et un parfait contrôle sur 100 minutes, rarement entrecoupées de bandes sonores d’époque et nourries de quelques interventions de Lorraine Desmarais et d’une belle partie jazzée dans le « happy end » final.

Musique et cinéma

Projection de «The Artist», film de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin et Bérénice Béjo. Musique de Ludovic Bource. Lorraine Desmarais (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Dina Gilbert. Maison symphonique de Montréal, mardi 8 janvier 2019.