Le vinyle continue à faire du bruit

La fin de 2018 a vu se superposer deux nouvelles contradictoires dans le monde des disquaires qui chérissent le format vinyle.
Photo: Guillaume Souvant Agence France-Presse La fin de 2018 a vu se superposer deux nouvelles contradictoires dans le monde des disquaires qui chérissent le format vinyle.

Ça tourne dans le monde québécois du vinyle, particulièrement dans la région de la métropole. Si la fermeture des HMV et l’arrivée de la chaîne de disquaires Sunrise ont eu un impact certain, l’intérêt toujours grandissant pour les 33 tours fait dire à des propriétaires de magasins que les indicateurs sont au vert, malgré les cahots sur la route.

La fin de 2018 a vu se superposer deux nouvelles contradictoires dans le monde des disquaires qui chérissent le format vinyle. Alors que le tout jeune disquaire en ligne Le Vacarme décidait d’avoir aussi pignon sur rue dans le quartier montréalais La Petite-Patrie, le vétéran Soundcentral lançait pour sa part une campagne de financement pour aider le propriétaire Shawn Ellingham à se sortir du pétrin.

Si Ellingham confirme au Devoir que son commerce vieux de dix-sept ans est aux prises avec de vieilles dettes de crédit qu’il ne parvient pas à faire diminuer, il ajoute d’un même souffle que ce n’est pas en raison du marché actuel, qu’il estime florissant. « Si on était capables de survivre avec presque rien au début, imagine aujourd’hui alors qu’on a quelque chose. »

« Quelque chose », ce sont les chiffres de ventes d’albums en format vinyle, qui sont en hausse depuis plusieurs années — même si en chiffres absolus les « longs jeux » représentent au Canada environ 10 % des ventes physiques totales. Reste que dans son rapport 2017, la firme Nielsen montrait qu’il s’était vendu 804 000 vinyles au Canada, une hausse de presque 22 % par rapport à 2016.

« La musique, c’est toujours fort à Montréal, il y a beaucoup de maniaques, de fans de concerts, de collectionneurs », illustre Shawn Ellingham.

C’est aussi l’avis de Jean-François Rioux, du Vacarme. « Je pense qu’il y a toujours de la place pour un autre disquaire, surtout quand je m’aperçois que dans mon propre magasinage, je ne trouve pas ce que je veux », dit le jeune quarantenaire.

Chez Cheap Thrills, au centre-ville de Montréal, la dernière année a été très intéressante pour le propriétaire Gary Worlsey, qui a effectué des ventes impressionnantes en décembre. « Avec la fermeture du HMV, on tient maintenant une variété plus grande qu’avant, ce qui veut dire plus de musique pop. Sinon je dirais que le jazz, le métal et le hip-hop sont des genres qui sont populaires. Sinon, tout ce qui est précédé d’un buzz. »

Voit-il d’un bon oeil l’arrivée d’un nouveau joueur ? « Il y a de la place, mais je ne sauterais pas sur l’idée d’ouvrir un autre disquaire de vinyles à Montréal, concède Worlsey. Nous, on a la chance d’être là depuis quarante-huit ans, on a une clientèle déjà établie. Mais Jean-François l’a fait, right ? ! Et c’est une bonne idée d’avoir ouvert dans ce quartier. »

Au rythme des tendances

Plusieurs des disquaires de vinyles à Montréal se retrouvent en effet dans le Plateau Mont-Royal, souligne Jean-François Rioux, qui a décidé de s’installer un peu plus au nord. « Je pense que je viens d’aller chercher une clientèle de quartier qui était tannée de se déplacer. »

Avec la conséquence que le fan de grunge et de musique alternative anglo voit beaucoup de mélomanes intéressés par du contenu francophone récent ou nouvellement pressé en vinyle. « Je ne pensais pas vendre autant de Daniel Bélanger cette année, par exemple, illustre-t-il. Je suis un peu surpris, mais je m’adapte. Ce sont des gens qui ont décidé de ne pas aller chez Sunrise, ou Aux 33 Tours. Je les ai touchés. »

Le Vacarme est situé de l’autre côté de la rue d’un gros Renaud-Bray, qui vend aussi des vinyles. La directrice marketing et communications pour l’entreprise, Émilie L. Laguerre, précise que le format vinyle reste « marginal », et représentait il y a quelques années environ 5 % des ventes de disques du magasin.

« C’est un produit qu’on ne peut pas retourner au fournisseur, si on ne le vend pas on doit le garder chez nous, précise Mme Laguerre. Dans un contexte comme ça, on est prudents dans nos achats. » Ce sont d’ailleurs les gros noms du rock d’antan comme Pink Floyd et David Bowie qui y cartonnent, en plus de quelques nouveautés et gros noms francophones.

Les choses vont bien plus rondement aussi Aux 33 Tours, un des plus gros joueurs indépendants du vinyle en ville, sinon au Québec. Le magasin qui mise davantage sur l’usagé compte pas moins de 35 employés et vient d’ajouter 500 pieds carrés de surface.

« On en est à notre douzième année d’existence et c’est une douzième année de croissance, se réjouit le propriétaire du 33 Tours Pierre Markotanyos. Mais dans le marché, chaque année, il y a un roulement, il y a des gens qui s’essaient [en affaires], d’autres qui ferment. »

Ce qui plane sur le marché du vinyle, c’est entre autres des prix parfois très élevés, allant jusqu’à plus de 40 $ pour certains exemplaires. « Ça arrive souvent que pour deux disques, ça te coûte près de 100 $, note Gary Worsley du Cheap Thrills. Ce qui est troublant. »