Christian McBride, le téméraire du big band

L’incroyable contrebassiste Christian McBride, héritier aussi digne que direct de Ron Carter, fait passer tous les agitateurs des grosses cordes liés à ECM ou à Chant du monde pour d’aimables scouts.
Photo: Eva Hambach Agence France-Presse L’incroyable contrebassiste Christian McBride, héritier aussi digne que direct de Ron Carter, fait passer tous les agitateurs des grosses cordes liés à ECM ou à Chant du monde pour d’aimables scouts.

Lors du récent référendum que Down Beat organise annuellement pour séparer le bon grain de l’ivraie en invitant des critiques répartis aux quatre coins de la planète à communiquer leurs avis, le Maria Schneider Orchestra a été consacré, une fois encore, meilleur big band, devant la Darcy James Argue’s Secret Society, le Jazz at Lincoln Center que dirige Wynton Marsalis et le Christian McBride Big Band. On aurait aimé voir le Sun Ra Arkestra dans le tiercé, mais bon…

Que la pianiste et compositrice Schneider ait été parachutée à la première place est aussi étonnant qu’agaçant, pour rester poli et pondéré, tant son jazz est aussi froid que le fin fond d’un fjord norvégien, tant son jazz respire la technicité du notaire chargé des notes en bas de page. Pour le reste, Darcy James, Wynton Marsalis et Christian McBride, rien à redire.

En fait, ce n’est pas tout à fait exact. Il y a beaucoup à dire. Et à méditer. Sur qui, sur quoi ? Sur la grande formation mise sur pied et donc animée par l’incroyable contrebassiste qu’est Christian McBride, héritier aussi digne que direct de Ron Carter, qui fait passer tous les agitateurs des grosses cordes liés à ECM ou à Chant du monde pour d’aimables scouts.

Ce que McBride a accompli en si peu d’années est remarquable. Cela explique d’ailleurs probablement ceci : les dirigeants du plus vieux festival de jazz au monde, celui de Newport, ont décidé de faire appel à McBride. Plus précisément, ils l’ont nommé directeur artistique de cet « événement phare » pour qu’il redonne au jazz la place qui lui revient : la première. Enfin !

Toujours est-il que, pour avoir une idée, une idée juste, du parcours de McBride, de la richesse et de l’intensité de celui-ci, il suffit d’écouter les plus récents albums qu’il a produits : Bringin’ It (en big band) et New Jawn (en quartet) publiés par Mack Avenue Records, dont le siège social est situé dans une ville du Michigan dont on adore le nom : Grosse Pointe. Le dernier a fait l’objet d’une critique élogieuse du collègue Guillaume Bourgault-Côté la semaine dernière dans ce même D Magazine, qui y a vu un album « engageant et brillant ».

Paru en 2017, Bringin’ It est quant à lui un disque étonnant, étonnant, étonnant. Par le choix des pièces, les arrangements, tous signés McBride, et l’exécution. Les souffleurs et les préposés au rythme sont des orfèvres. Des pros qui ont un sens du juste à temps qui force l’admiration.

Pour dire les choses telles qu’elles sont, ce Bringin’ It est aussi convaincant que séduisant parce qu’il nous a rappelé les intonations, les densités chères au génie du jazz : Charles Mingus. Par exemple, son interprétation de Used ’Ta Could fait penser immanquablement à n’importe quelle pièce de ce chef-d’oeuvre que reste Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus paru sur Impulse !.

C’est bien simple : ce McBride n’est jamais ennuyeux. En ce sens, il est la contradiction de tous les disques de Schneider.

Du côté des Glimmer Twins

Oui, c’est une autre « compil », comme disent les jeunesses, de blues. Mais à la différence, l’énorme différence, des précédentes, celle-ci se distingue par un facteur économique, une variable financière unique dans les annales du blues. Bon, on reprend au ras des pâquerettes.

Voilà, les Glimmer Twins — soit, pour ceux qui ne seraient pas au parfum, Mick Jagger, l’ex-étudiant de la London School of Economics, donc rompu aux debentures et aux actions convertibles, Keith Richards ainsi que Charlie Watts et Ron Wood — ont choisi toutes les pièces inscrites au programme d’un double CD baptisé Confessin’ the Blues. Tous les grands du genre sont évidemment présents. C’est très bien choisi. Bref, ça se boit comme du grand lait, le millésime 1948.

La variable financière ? Tous les bénéfices réalisés à la faveur de la vente des CD seront versés à la Willie Dixon’s Blues Heaven Foundation. Pendant que messieurs Dow et Jones glissent ces temps-ci sur les peaux de banane trumpiennes, Mick, Keith, Charlie et Ronnie font dans la baisse tendancielle du taux de profit. Pas mal !