Georges Langford au Studio-théâtre de la PdA - Les airs bienfaisants de l'insulaire

Il était beau à voir hier sur la petite scène du Studio-théâtre de la PdA, le grand gaillard des Îles-de-la-Madeleine. Portrait digne d'être peint: mèches blondes éternellement rebelles qui lui traversaient le front, joues encore plus rouges que son teint rougeaud, regard d'enfant un peu effrayé par ce retour dans la grande ville, après une si longue absence. Presque un quart de siècle? Oui, au moins depuis que, déprime post-référendaire aidant, il en eut assez de Montréal et retourna vivre aux Îles.

Le temps de l'oubli? La salle n'était pas pleine hier. Elle le sera demain. C'est déjà plus que dans toutes les salles du ROSEQ (Réseau des organisateurs de spectacles de l'est du Québec), où personne ne verra ni n'entendra cet été les airs bienfaisants de l'insulaire: son spectacle n'a été acheté par aucun diffuseur. Triste frilosité. Il y a pourtant tellement de bon à prendre chez ce poète chantant qui est aux Îles ce que Vigneault est à la Côte-Nord, tant de souffle et tant d'humanité dans ces couplets qui parlaient hier au rat des villes que je suis comme ils parlaient aux Madelinots et Acadiens de l'auditoire, exilés rassemblés pour la rarissime occasion.

Quiconque a connu l'isolement, fut-ce dans un trois et demi donnant sur le bitume, trouvait hier dans Le Rocher-aux-Oiseaux, histoire d'un gardien de phare et sa famille vivant «à 12 milles de nulle part», un écho fraternel. Quiconque maugrée contre l'hiver retrouvait dans L'Hiver en personne la vraie saveur d'une saison que l'on n'a pas toujours vécue de force: «On est d'la neige / Tard au printemps / Tôt en automne / On est l'hiver en personne». Bouffées d'air frais.

C'était de la bien belle visite, pas plus compliquée qu'un bonjour d'ami. Le viking semblait content d'avoir fait le long chemin, guichet fermé ou pas. Ses deux musiciens montréalais l'ont chaleureusement entouré, nous l'avons chaudement applaudi. Moi aussi, même s'il n'a pas chanté mes préférées, La Coupe Stanley et Le 15 de mai. Les chansons de son nouvel album, Le Havre qu'est gelé, Le premier voyageur, moins engagées, n'étaient pas moins engageantes. Longue vie sur la butte.