La réincarnation musicale d’un géant du jazz

L’étiquette Resonance Records a confectionné un coffret regroupant des inédits composés et arrangés par un génie qui avait pour nom Eric Dolphy.
Photo: Don Schlitten Resonance Records L’étiquette Resonance Records a confectionné un coffret regroupant des inédits composés et arrangés par un génie qui avait pour nom Eric Dolphy.

Du côté du jazz, l’année s’achève sur une grande nouvelle. En un mot comme en mille, voilà que les détectives de l’étiquette Resonance Records ont confectionné un coffret regroupant des inédits composés et arrangés par un génie — oui, un génie ! — qui avait pour nom Eric Dolphy. Des inédits enregistrés en 1963, juste avant son exil en Allemagne, où ce saxophoniste, clarinettiste et flûtiste décéda un an plus tard à la suite de traitements médicaux malheureux. Ces inédits viennent de paraître sous le nom de Musical Prophet : The Expanded 1963 New York Studio Sessions.

Plus haut, on a évoqué le travail effectué par des détectives. Mais encore ? Il faut savoir que Resonance a fait de la découverte d’inédits imprimés sur bandes une de ses spécialités. Ses limiers font la chasse à ces trésors aux quatre coins du monde. Par exemple, c’est en Allemagne qu’ils avaient mis la main sur les seuls enregistrements de Bill Evans avec Eddie Gómez et Jack DeJohnette.

En 2009, Hale Smith, qui fut le mentor de Dolphy pour tout ce qui a trait à la composition, mourait. Sa veuve, Juanita, demanda alors au flûtiste et professeur James Newton de scruter les archives que Dolphy avait laissées la veille de son départ en Europe. Dans ces cartons, Newton découvre des bandes jamais publiées. Zev Feldman, cofondateur de Resonance, est mis au parfum. Soit dit en passant, cette étiquette est à but non lucratif. Plus exactement, tout le profit réalisé par les ventes d’albums est réinvesti dans l’entreprise.

Toujours est-il que Feldman et Newton travaillent de concert, histoire d’extraire la substantielle moelle des heures de musique jamais publiées. Des heures de musique qui sont demeurées dans une cave parce que Hale Smith fut tellement traumatisé par le décès de son protégé qu’il n’a jamais voulu ouvrir les cartons d’Eric de son vivant.

Des heures en question, le duo de producteurs a conservé celles enregistrées par la fine fleur de ce qui fut l’avant-garde des années 1960. Ainsi, nous voici en présence du saxophoniste Sonny Simmons, du batteur J.C. Moses, du trompettiste Woody Shaw, du vibraphoniste Bobby Hutcherson, du saxophoniste Clifford Jordan et d’autres, dont le maître de la contrebasse classique Richard Davis, si apprécié… d’Igor Stravinsky.

Les pièces retenues par Newton et Feldman s’avèrent une mise en relief du parcours très singulier, unique, de Dolphy. Il faut savoir, rappeler, souligner que ce dernier fut le seul musicien à avoir accompagné les trois plus grands innovateurs des années 1950 et 1960 : Charles Mingus, John Coltrane et Ornette Coleman. Miles Davis ? À cette époque, il fut davantage un styliste de génie qu’un innovateur.

Au coeur de cette singularité, il y a une étude, une analyse. De quoi ? Du chant des oiseaux. On sait que Sonny Rollins s’exerça des heures et des heures sous le pont de Brooklyn pour mieux maîtriser notamment la puissance du son. Dolphy ? Il pratiqua des heures les déclinaisons sonores des oiseaux sur sa flûte afin de mieux maîtriser le quart de ton qui caractérise ces derniers. Dolphy adorait dire à ceux avec lesquels il jouait : « Voici ce que j’ai rapporté du monde extérieur. »

Signe de la profonde importance qu’a Dolphy encore et toujours sur les innovateurs d’aujourd’hui, tous lui rendent hommage dans le livret qui accompagne cette publication. Oliver Lake, Steve Coleman et compagnie, sans oublier Sonny Rollins.

Pour acquérir cet objet de collection, mieux vaut passer par le site de Resonance.