Dix albums jazz pour un début de siècle

Cassandra Wilson en concert à New York, à l’été 2017. Son «Belly of the Sun» paru en 2002 sur Blue Note, a marqué le début de ce siècle en jazz.
Photo: Theo Wargo Agence France-Presse Cassandra Wilson en concert à New York, à l’été 2017. Son «Belly of the Sun» paru en 2002 sur Blue Note, a marqué le début de ce siècle en jazz.

Qui dit décembre dit publication de listes sur mille et un sujets. Ces jours-ci, le magazine JazzTimes s’est introduit dans cette avalanche d’informations en proposant la liste, non pas des dix meilleurs albums de l’année qui s’achève, mais bel et bien depuis l’amorce du présent siècle. Rien de moins.

Son initiative se distinguant par une ambition prononcée — 18 ans ! — on a décidé de s’en saisir en y ajoutant notre grain de sel. Le gros. Celui de la Compagnie des Salins du Midi. En tête de liste, les gens de JazzTimes ont glissé le nom de Maria Schneider pour son Allégresse parue sur l’étiquette allemande Enja en l’an 2000. On doit confesser n’avoir jamais compris le succès critique de Schneider, pour la bonne et plate raison que son jazz est froid, tout propre, bien lisse. Comme si tout souffle de vie en avait été banni. Bref, insipide.

Après Schneider, on trouve le pianiste Jason Moran pour son Black Stars, avec notamment le grand saxophoniste Sam Rivers, paru en 2001 sur étiquette Blue Note. Puis ? Bravo. Ensuite, il y a Cassandra Wilson pour son Belly of the Sun, paru en 2002 également sur Blue Note. Mille fois bravo. Suit Diana Krall pour Live in Paris publié en 2002 sur Verve. C’est très professionnel.

L’immense saxophoniste Wayne Shorter et son Footprints live! sur Verve Records, en 2002, à la suite de Krall. The Bad Plus et son Theses Are the Vistas sur Columbia, en 2003, précèdent les excellents Back East de Joshua Redman sur Nonesuch (2007) et In My Element de Robert Glasper sur Blue Note en 2007 également. La guitariste Mary Halvorson et son trio, qu’on ne connaît pas du tout, ont été inscrits au tableau de JazzTimes pour leur Dragon’s Head paru sur Firehouse 12, ainsi qu’Esta Plena du saxophoniste Miguel Zenón publié par Marsalis Music en 2009. Bon.

Premier constat, voire grosse critique, pour rester pondéré, les absences du pianiste Randy Weston et du saxophoniste Charles Lloyd. Grrr… Oublier The Storyteller de Weston paru sur l’étiquette Motéma, Mirror et Athens Concert de Lloyd sur ECM, c’est proprement renversant. Pour le reste, on le concède, il y a… comment dire ? On a composé avec une bonne dose de subjectivité ainsi qu’avec un facteur incontournable : la distribution.

Ça donne ceci : Search for Peace par un quartet formidable, The Heads of State, sur l’étiquette négligée Smoke Sessions — est-ce trop jazz ou pas assez musique du monde, hmm ? —, le très politique I Hear the Sound par Archie Shepp et l’Attica Blues Orchestra sur ArchieBall, Silence par David Murray et Mal Waldron sur Justin Time, Something Beautiful par Eric Reed sur WJ3, le Spiritman du tromboniste Steve Turre sur Smoke Sessions et sa suite elle aussi très politique intitulée Trayvon’s Blues, le Live At Smalls par le trio du batteur Albert Heath, avec le pianiste Ethan Iverson et le contrebassiste Ben Street, et enfin le Handful of Keys par le Lincoln Jazz Orchestra dirigé par Wynton Marsalis sur Blue Engine Records.

Pour terminer, un constat : après lecture des listes des Amériques et de l’Europe de cette année et des années antérieures, on a relevé que les étiquettes jazz comme Smoke, Smalls, High Note et quelques autres étaient totalement ignorées au profit d’étiquettes inclinant le plus souvent aux musiques du monde ou aux musiques actuelles. Que ces dernières aient amputé l’espace autrefois dévolu au jazz a quelque chose d’effarant.