Un «Messie» véloce et éloquent

L’OSM a été admirable de précision, prouvant que l’éloquence dans ce répertoire est davantage question de rhétorique que d’instruments.
Photo: Antoine Saito L’OSM a été admirable de précision, prouvant que l’éloquence dans ce répertoire est davantage question de rhétorique que d’instruments.

L’Orchestre symphonique de Montréal, à part un penchant musical pour Roger Norrington, a plutôt résisté ces dernières quinze années à la mode, chez les institutions symphoniques, d’inviter à leur pupitre des spécialistes de la musique baroque pour cultiver des répertoires baroques et classiques.

En conviant Paul McCreesh à diriger le Messie, l’OSM a subi un singulier régime minceur : environ 25 instrumentistes et 36 choristes, soit l’effectif qu’auraient aligné Les Violons du Roy, I Musici ou Arion. Ce souci d’historicité est évidemment très louable. C’est au public de l’OSM de trancher s’il souhaite ou non voir « le Messie de l’OSM » devenir « le Messie des Violons du Roy bis » ou s’il s’attend de la part de l’institution à des effectifs plus cossus et « symphoniques ».

Cela dit, dans cet exercice, pour lequel nous avons, au Québec, des références particulièrement élevées, la prestation des choristes et instrumentistes de l’OSM menés par Paul McCreesh a été tout à fait exceptionnelle mardi soir.

Une Passion révélatrice

Comme celui de Nikolaus Harnoncourt, et d’autres, le Messie de McCreesh n’est pas du genre à épuiser ses cartouches dans la première partie, celle consacrée à la prophétie de la venue du Messie et à la Nativité. Il se révèle et se consume dans la seconde partie, celle de la Passion et du triomphe, avec un rayonnement qui perdure dans la troisième, celle de la vie après la mort. C’est d’ailleurs pour cela qu’en dépit de la tradition actuelle, Le Messie est bien davantage une partition de Pâques que de Noël…

Le ras de marée agencé par Paul McCreesh nous a frappés de plein fouet dans la succession des trois choeurs « Surely – And with his stripes – All we like Sheep » au début de la seconde partie. Ce que le choeur de l’OSM a réalisé dans cette trilogie-là peut entrer directement dans les pages dorées de son histoire, tellement le chef l’a poussé à ses limites en matière de tempo et de vocalises périlleuses. Juste un peu plus loin « We trusted in God » devint une pareille tornade. Toujours dans la seconde partie, « The Lord gave the word », lancé sur un portique impressionnant, vit se déployer des phrases telles des piliers de cathédrales, alors que le « Let us break their bonds », d’une vivacité folle, fut lacérant au sens propre (le choeur y chante : « Déchirons leurs liens et jetons leurs jougs loin de nous »). On aurait aimé que chef et protagonistes vocaux du petit spectacle estudiantin qui s’est voulu récemment un soi-disant digne concert d’ouverture d’un certain Festival Bach aient tous été présents, mardi soir, pour se faire donner une leçon d’éloquence musicale !

Avec des exigences élevées, Paul McCreesh est allé presque aussi loin que Trevor Pinnock avec les Violons du Roy il y a quatre ans. Et l’OSM a été admirable de précision, prouvant que l’éloquence dans ce répertoire est davantage question de rhétorique que d’instruments.

En termes d’édition, Paul McCreesh a choisi une optique différente de son enregistrement où il employait notamment trois solistes féminines (soprano I, II et alto). L’alto était hier le contre-ténor Robin Blaze, excellent dans l’intelligence de l’ornementation, à l’aise dans le registre élégiaque, mais à court de tonus dans tous les épisodes vindicatifs. Bref, un peu limite par rapport à la tonalité d’ensemble voulue par le chef. En dépit d’une technique parfois étrange, le ténor Rupert Charlesworth, très efficace, s’en est sorti par une forte présence. Russell Braun a été excellent dans « Why do the nations », mais dans « The Trumpet shall sound », il n’était pas toujours évident de déterminer dans quelle tonalité il chantait. Sarah Wegener était dans un grand soir, notamment dans l’air d’entrée de la 3e partie.

Au fond, le plus impressionnant était vraiment la somme de risques et l’audace de l’interprétation de la part d’un chef invité, devant un ensemble qu’il ne connaissait pas. Et, a contrario, la souplesse musicale de tous pour se plier à de telles exigences.

Le Messie

Sarah Wegener (soprano), Robin Blaze (contreténor), Rupert Charlesworth (ténor), Russell Braun (baryton), Choeur et Orchestre symphonique de Montréal, Paul McCreesh. Maison symphonique de Montréal, mardi 18 décembre 2018.