Palmarès 2018: les meilleurs albums issus de France (et de Belgique)

Clara Luciani en concert à La Rochelle
Photo: Xavier Leoty Agence France-Presse Clara Luciani en concert à La Rochelle

Quatre femmes et un homme triomphent dans ce palmarès. Notez qu’il y aurait aussi Juliette Armanet, dont le Québec a attendu pendant plus d’un an l’admirable Petite amie. Il pourrait s’y trouver Chris, le deuxième album très acclamé de Christine and The Queens. Notez aussi : j’ai vécu avec elles mes meilleurs spectacles.

 

1. «Sainte-Victoire», Clara Luciani

 

« T’as jamais vu une femme qui se bat ? » Ainsi passa à l’attaque la chanteuse marseillaise : c’est La grenade, chanson dansante et dégoupillée qui a lancé la grande Clara en solo, après le groupe rock de ses débuts, La Femme. Son victorieux album affronte la déception amoureuse avec abandon et panache, à travers des chansons à la fois résolument pop — merveilleuse Ne dis rien ! — et pas joyeuses pour autant. « Se remettre de cette douleur », chante-t-elle à la fin, « c’est pouvoir tout affronter ».

 


 

 

2. «Souldier», Jain

 

Bondissante, lumineuse, contagieuse. Ainsi la chanteuse française Jain a-t-elle sillonné la planète, avec ses machines de DJ, son générateur de boucles, ses baskets souples et les chansons de ce deuxième album qui ne veut rien de moins que changer le monde. Ce disque, à base d’électro mais nourri de reggae autant que d’ambiances orientales, en est un de propagation. En anglais. Elle chantera en français tôt ou tard, promet-elle. Mais « l’urgence d’agir », pour la souldier en uniforme bleu, est à ce prix.

 


 

 

3. «Cure», Eddy de Pretto

 

Phénoménal p’tit gars de Créteil, à la fois rappeur, slameur, chanteur, que le collègue Phillipe Papineau a bien situé, quelque part entre Stromae et Pierre Lapointe. Hip-hop et chanson chansonnière ont eu un enfant troublant, et ce premier album complet, au-delà de la traînée de poudre, réussit quelque chose de très important : transformer l’aliénation en affirmation de soi. Faut écouter, lire les paroles, rien d’autre ne suffit à décrire la singularité du gars et la profondeur du propos.

 


 

 

4. «Personne d’autre», Françoise Hardy

 

Après la mort annoncée, la suite inespérée : un nouvel album de grandes chansons tristes qui sont autant de signes de vie. Notre magnifique chanteuse filiforme a encore et toujours ce timbre d’éternelle jeune fille à 74 ans, une voix souriante qui respire la santé retrouvée. Elle professe une fois de plus son goût immodéré pour les mélodies mélancoliques. Et chante la mort comme elle chante l’amour. « Et demain / Tout ira bien / Tout sera loin / Là, au final / Quand je prendrai le large… »

 


 

 

5. «La boîte de Pandore», Karin Clercq

 

En arriver au quatrième album, de nos jours, tient de l’exploit. Sociofinancement, soutien d’organismes, amis musiciens, la victoire n’est pas petite. Dès la bien nommée J’avance, cela s’entend : mélodie, propos, arrangement électro, tout s’est allié pour élargir l’horizon. L’auteure-compositrice-interprète et comédienne belge a tout exprimé fortement à travers ce disque, souffrance et colère en alternance. Une fois la boîte ouverte, tout sort. Le meilleur, le pire. Et Karin resplendit.